L’économiste Abdelrahmi Bessaha pose la question : comment absorber cette poussée démographique alors qu’un jeune sur trois est déjà au chômage ?
L’Algérie comptera 13 millions d’habitants de plus d’ici 2040. Dans son rapport « Vision Algérie 2050 », l’économiste Abdelrahmi Bessaha, ancien consultant du FMI, s’interroge sur la capacité du pays à leur offrir des emplois, des logements, des écoles et des hôpitaux.
Les chiffres de départ ne sont pas bons. Le chômage touche 12,7% de la population active, 29,3% des jeunes de 16 à 24 ans et 25,4% des femmes. “La croissance de 3 à 3,5% enregistrée depuis 2000 est insuffisante face à la pression démographique”, relève l’économiste. Sans réformes, elle pourrait tomber sous les 2%. Avec les mesures qu’il préconise, elle pourrait atteindre “4,5 à 5%”.
Deux fois plus cher qu’ailleurs pour créer un emploi
Le rapport de Bessaha pointe un problème d’efficacité. “Créer un emploi via l’investissement public coûte 110 000 dollars en Algérie, contre 56 000 dollars en moyenne internationale”, note l’économiste . Pour le même budget, d’autres pays créent deux fois plus de postes.
Plusieurs facteurs expliquent cet écart. “Le taux d’exécution des projets publics ne dépasse pas 45%”, indique-t-il. Les retards moyens atteignent 24 mois. Les surcoûts vont de 10 à 30%. “Le multiplicateur de l’investissement public est de 0,075, alors qu’il pourrait atteindre 0,15 avec une meilleure gouvernance”, précise-t-il encore.
Les PME n’ont pas accès au crédit
Selon Bessaha, plus de 90% des entreprises algériennes sont des PME, mais elles restent largement sous-financées. Il relève que “le crédit au secteur privé représente 20 à 23% du PIB, contre 50 à 70% dans les économies émergentes”, et que les banques publiques privilégient les grandes entreprises d’État au détriment des petits entrepreneurs
Ces PME ne peuvent donc pas grandir ni embaucher. “L’investissement dans la recherche et le développement ne dépasse pas 0,5% du PIB, contre 1 à 2% ailleurs”, ajoute-t-il.
Un jeune sur trois sans emploi
Les jeunes sont les premiers touchés. Diplômés ou non, ils ont du mal à trouver du travail. Beaucoup basculent dans l’informel ou cherchent à partir. Les femmes sont de plus en plus diplômées, mais leur taux de participation au marché du travail reste faible. Bessaha y voit un gisement inexploité.
L’économiste propose de changer de modèle : moins d’État employeur, plus d’entrepreneuriat privé. Il appelle à « reconstituer une classe moyenne par l’emploi productif ». Mais cette classe moyenne, il faudra aussi la loger, la soigner, l’éduquer. Les 13 millions d’Algériens supplémentaires d’ici 2040 pèseront sur des finances publiques déjà fragilisées. Les réserves de change sont passées de 190 à 60 milliards de dollars en dix ans, le déficit budgétaire hors hydrocarbures atteint 25% du PIB du secteur.
















