Accord franco-algérien de 1968 : Rahabi, voix officieuse d’une rupture assumée ?

Accord franco-algérien de 1968 : Rahabi, voix officieuse d’une rupture assumée ?
Le président Français, Emmanuel Macron (à gauche) et le Président Algérien, Abdelmadjid Tebboune (à droite).

L’ancien ministre Abdelaziz Rahabi suggère qu’Alger pourrait abroger unilatéralement l’accord de 1968 si Paris confirmait son intention de le renégocier. Une déclaration qui, au-delà du simple commentaire, esquisse peut-être la posture diplomatique à venir de l’Algérie.

« Et si l’Algérie abrogeait unilatéralement l’accord de 1968… ». C’est la question, loin d’être purement rhétorique, que pose Abdelaziz Rahabi dans un texte publié jeudi sur les réseaux sociaux. L’ancien ministre de la Communication et ex-ambassadeur réagissait au souhait du Premier ministre français, Sébastien Lecornu, d’une « renégociation rapide » de l’accord qu’il juge désormais « caduc ».

Le chef du gouvernement français répondait ainsi favorablement à une résolution déposée par le Rassemblement national, formation d’extrême droite héritière de l’OAS. Pour Rahabi, une telle déclaration équivaut, « selon les usages et convenances en vigueur entre États », à une abrogation unilatérale de fait par la France. « Le gouvernement algérien n’a pas encore reçu de demande officielle, mais n’est pas moins préparé à cette courte perspective », ajoute-t-il.

Dès lors, la question s’impose : Rahabi exprime-t-il une opinion personnelle ou une position en maturation au sein de l’État ? Le texte, rédigé dans un ton diplomatique mesuré mais ferme, résonne comme un message officieux d’Alger, sans en avoir la forme officielle.

Un accord vidé de sa substance

Signé en 1968, l’accord encadrait les conditions de circulation, de séjour et d’emploi des ressortissants algériens en France. Il avait pour objectif de gérer les migrations issues de la période postcoloniale tout en maintenant des liens privilégiés.

Mais après plusieurs révisions- en 1985, 1994 et 2001-, il a perdu l’essentiel de ses avantages initiaux. Aujourd’hui, les Algériens doivent se plier aux mêmes exigences que les autres étrangers pour accéder à l’espace Schengen : visa, justificatifs, contrôles. Le régime dérogatoire est devenu marginal et largement symbolique.

Rahabi souligne d’ailleurs que si la France introduit une demande de renégociation dans le cadre conventionnel, Alger y répondra favorablement : « L’accord de 1968 n’apporte que des avantages mineurs aux Algériens, auxquels le droit commun conviendrait souvent mieux en matière de circulation, d’emploi et de séjour. »

Une instrumentalisation électorale

En France, l’accord de 1968 est devenu un totem politique, instrumentalisé à chaque campagne électorale, notamment par la droite et l’extrême droite. Le vote récent d’une résolution à l’Assemblée nationale, à l’initiative du Rassemblement national, en est l’illustration.

« L’instrumentalisation de l’accord par les droites françaises a fait du statut administratif de nos compatriotes un sujet central du débat intérieur et a favorisé une algérophobie latente », déplore Rahabi.
L’ancien ministre évoque également une « rente mémorielle » exploitée par ceux qui font de l’Algérie « l’ennemi utile ». Et de conclure : « Si la France n’abroge pas l’accord de 1968, l’Algérie le fera. Ceux qui ont fait d’elle l’ennemi utile devront alors trouver une autre rente mémorielle avant 2027. »

Une posture en gestation

Le texte de Rahabi n’a pas de valeur officielle, mais il trace les contours d’une attitude nouvelle : une diplomatie algérienne plus réactive, moins défensive, attachée à la symétrie du rapport avec Paris. Rahabi rappelle un précédent : en 1979, lors des expulsions massives décidées par Valéry Giscard d’Estaing, Alger avait répondu avec dignité, sans surenchère, en exigeant simplement le respect de ses ressortissants.

Cette référence inscrit le discours de Rahabi dans une continuité de fermeté souveraine, marquant la volonté d’Alger de ne plus subir le rythme imposé par Paris dans la gestion de ses relations bilatérales.

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