Trop de gaz, pas assez de solaire : la facture salée de l’Algérie

Trop de gaz, pas assez de solaire : la facture salée de l’Algérie

La création, le 14 septembre, d’un ministère de l’Énergie et des Énergies renouvelables séparé des Hydrocarbures, confié à Mourad Adjal, ouvre la perspective d’un tournant. À condition d’avoir des moyens, il pourrait offrir à l’Algérie l’opportunité de « gagner le soleil » plutôt que de continuer à brûler son gaz.

En Algérie, plus de 85 % de l’électricité repose sur le gaz. Ce choix de produire massivement de l’électricité au gaz alourdit la facture énergétique : il prive le pays de milliards de dollars de recettes à l’export. Pourtant, avec près de 3 000 heures d’ensoleillement par an, l’Algérie aurait pu miser sur le solaire pour réduire sa consommation domestique et libérer des volumes supplémentaires vers l’étranger.

Le pays figure parmi les territoires les mieux dotés au monde pour exploiter l’énergie solaire. Pourtant, ce potentiel demeure largement sous-utilisé, prisonnier d’un tropisme fossile qui pousse à brûler massivement du gaz dans les centrales, au prix de recettes en devises sacrifiées.

En 2024, la consommation nationale d’électricité a franchi les 80 térawattheures (TWh), contre 52 TWh dix ans plus tôt, selon Sonelgaz. Cette progression est portée par les ménages, dopés par la climatisation, mais également par la croissance industrielle et urbaine.

Un modèle qui coûte des milliards à l’Algérie

Ce tropisme fossile et ce manque d’appétence pour le solaire a un coût colossal. En 2024, près de 55 milliards de m³ de gaz naturel ont été absorbés par le marché intérieur, dont une large part pour la production électrique, selon le ministère de l’Énergie. Cela représente presque la moitié de la production nationale commercialisable. Or, sur le marché international, chaque milliard de m³ exporté rapporte environ 400 millions de dollars à Sonatrach. Brûlé dans les centrales, ce gaz éclaire les foyers au lieu de générer des devises ou de faire l’objet d’une mise en valeur dans la pétrochimie.

Pendant que l’Europe déploie des stations de pompage-turbinage et des batteries géantes, ou que la Chine investit dans l’hydrogène vert pour stabiliser ses réseaux, l’Algérie reste enfermée dans un modèle quasi exclusif au gaz. Le solaire, pourtant abondant, ne représentait que 3 % du mix électrique en 2024.

Derrière cette réalité se cache un choix politique assumé : produire une électricité abondante, subventionnée et bon marché pour la consommation interne, quitte à sacrifier des milliards de dollars d’exportations. L’électricité domestique est facturée autour de 4 dinars/kWh, très loin du coût réel et sans commune mesure avec les prix européens.

C’est dans ce contexte qu’apparaît le projet Medlink, validé en 2025 par l’Union européenne comme projet d’intérêt commun. Il s’agit d’une interconnexion électrique sous-marine reliant l’Algérie à l’Italie via la Tunisie, avec une capacité prévue de 2 000 MW. L’ambition : exporter directement vers l’Europe une électricité verte produite en Algérie, notamment à partir des futures capacités solaires et éoliennes.

Selon les projections, Medlink pourrait intégrer jusqu’à 10 GW de renouvelables et transporter près de 30 TWh par an vers l’UE, soit environ 8 % de la consommation électrique italienne. Ce projet, mené en partenariat avec Sonelgaz, Sonatrach et ENI, permettrait à l’Algérie de valoriser son électricité au-delà de ses frontières et de réduire, au moins partiellement, le gaspillage de gaz brûlé pour le marché domestique.

Au bout du compte, l’Algérie continue de sacrifier une partie de ses recettes en devises faute de stockage et de diversification.  Medlink,  ouvre une fenêtre stratégique : transformer son électricité, aujourd’hui éphémère, en recettes exportables demain. Entre court-termisme et ambition, le pays se retrouve à un tournant de son avenir énergétique. Mais la solution durable est bien de basculer résolument vers le solaire.dans la production d’électricité

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