Banques : six entreprises sur sept restent exclues du crédit, selon Finabi

Banques : six entreprises sur sept restent exclues du crédit, selon Finabi
Selon FINABI, cette faible diffusion du crédit freine la modernisation des PME et maintient l’économie algérienne dépendante des circuits informels.

Le cabinetestime que seules 13 % des entreprises et des ménages ont accès au crédit, un déficit structurel qui révèle la déconnexion entre le système financier et l’économie réelle.

“Six entreprises sur sept ne sont pas financées par les banques. Six ménages sur sept n’ont pas de crédit”. Ces deux chiffres, issus d’une étude du cabinet FINABI Conseil, résument l’ampleur du déséquilibre structurel du système bancaire du pays. Fondé par l’économiste Chabane Assad, FINABI a croisé les données de la Banque d’Algérie, du Centre national du registre du commerce (CNRC) et de l’Office national des statistiques (ONS) pour mesurer, pour la première fois, le taux de financement effectif de la sphère réelle; c’est-à-dire des entreprises et des ménages par le secteur bancaire.

Selon ces calculs, à la fin de l’année 2024, seulement 13,54 % des entreprises disposaient d’un crédit bancaire en cours. Côté ménages, le taux est presque identique, à 13,75 %. Derrière ces pourcentages se cache une réalité bien plus parlante : six agents économiques sur sept vivent et produisent sans financement bancaire.

Une économie à forte liquidité mais à faible intermédiation

FINABI s’appuie sur le rapport annuel 2024 de la Banque d’Algérie, qui recense 32 446 entreprises disposant d’un crédit non soldé à la fin de l’exercice, sur un total de 239 547 entreprises enregistrées au CNRC. Le tissu économique algérien, composé à près de 90 % de travailleurs individuels, se trouve de fait exclu des circuits de financement formels.

“Les commerçants et les petites structures restent largement en dehors du système bancaire, explique Chabane Assad. Cela tient à une faible maturité économique -comptabilité peu formalisée, gouvernance limitée, garanties insuffisantes -qui rend difficile l’accès au crédit”. Les banques, dans leur grande majorité publiques, préfèrent concentrer leurs prêts sur les grandes entreprises solvables, souvent adossées à des marchés publics ou à des garanties étatiques.

Cette logique prudente alimente un paradoxe connu des économistes : une économie riche en liquidités, mais pauvre en crédit. Le taux d’intermédiation financière -la part des dépôts transformés en prêts -reste inférieur à la moyenne régionale, alors même que les dépôts des ménages auprès d’Algérie Poste et des banques dépassent 15 000 milliards de dinars.

Des ménages peu bancarisés

Le diagnostic de FINABI s’étend également aux particuliers. D’après les chiffres de la Banque d’Algérie, 1,09 million d’individus disposaient d’un crédit actif à la fin de 2024, pour une population estimée par l’ONS à 7,97 millions de ménages. Autrement dit, 86 % des foyers algériens vivent sans recours au financement bancaire.

Les crédits à la consommation, pourtant en hausse ces dernières années, ne compensent pas cette sous-bancarisation. La majorité des transactions domestiques se font encore en espèces, reflet d’une économie où la confiance envers le système bancaire reste limitée.

Pour FINABI, cette exclusion n’est pas seulement financière, mais aussi sociale : « L’accès au crédit est un levier de mobilité économique. Le fait que six ménages sur sept en soient exclus signifie que la majorité des Algériens restent en marge de la dynamique d’investissement et de propriété », souligne le rapport.

Un frein à la diversification économique

Ce déficit de financement pèse lourd sur les ambitions de diversification portées par le gouvernement. Les petites et moyennes entreprises, censées constituer le moteur d’une économie hors hydrocarbures, se heurtent à un système qui privilégie la sécurité à la prise de risque. Le rapport de FINABI décrit un “déséquilibre structurel” entre la sphère financière et la sphère productive : les banques gèrent la liquidité, mais investissent peu dans la création de valeur.

Cette inertie s’explique aussi par le poids de l’État dans l’économie : la majorité des crédits bancaires est orientée vers les grandes entreprises publiques, les opérateurs du BTP et les sociétés liées aux programmes d’investissement public. Les autres-start-up considérés comme des artisans exportateurs, doivent se débrouiller avec leurs fonds propres ou des circuits informels.

Une réforme bancaire encore inachevée

L’étude de FINABI rejoint les constats dressés par la Banque mondiale et le FMI dans leurs récentes analyses sur l’économie algérienne. Tous pointent un même problème : la transformation de l’épargne en capital productif reste marginale. La réforme du secteur bancaire, engagée à plusieurs reprises depuis les années 2000, n’a pas permis de créer une véritable culture du risque ni de moderniser les instruments de financement.

La Banque d’Algérie tente de corriger ces déséquilibres à travers de nouveaux cadres réglementaires. L’on citera la promotion de la finance islamique, l’ouverture aux produits de marché (comme les sukuk souverains) ou encore le développement des services numériques bancaires. Mais ces mesures restent récentes, et leur impact sur l’accès au crédit des ménages et des PME demeure limité.

Pour FINABI, l’enjeu n’est plus seulement de financer, mais d’inclure. Le cabinet plaide pour une stratégie nationale de bancarisation active, appuyée sur la digitalisation, la simplification des procédures et la création de mécanismes de garantie publique. “Le financement demeure concentré sur un nombre restreint d’entreprises et de ménages solvables, traduisant une bancarisation incomplète du tissu économique et une inclusion financière limitée”, conclut l’étude.

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