Énergie solaire en Algérie : pourquoi le décollage n’arrive toujours pas ?

Énergie solaire en Algérie : pourquoi le décollage n’arrive toujours pas ?

Le Salon international de l’électricité et des énergies renouvelables, ouvert aujourd’hui à la SAFEX pour trois jours dans sa première édition, a offert un miroir cru de la réalité énergétique algérienne. Alors que le Maroc, la Tunisie ou même la Mauritanie multiplient les projets solaires industriels, l’Algérie, l’un des pays les plus ensoleillés au monde, reste à la traîne.

Les acteurs du secteur, rencontrés sur place, dressent un constat alarmant : absence de politique claire, obstacles structurels et domination écrasante du modèle conventionnel. Trois voix, trois constats, mais une inquiétude commune : l’énergie solaire algérienne ne décolle pas.

« Le retour vers le solaire est indispensable » : le cri de Sofian Babaz

Sofian Babaz, responsable d’Alternat Solar Energy à Ghardaïa, ne mâche pas ses mots. Pour lui, l’avenir de l’Algérie passe obligatoirement par le solaire. Son entreprise, active depuis 2010, fait partie des pionniers de l’installation de pompes solaires, un marché qu’elle maîtrise depuis plus d’une décennie.

Les coûts varient « entre 400 000 et 6 000 000 DA, selon la puissance et la surface photovoltaïque nécessaire », explique-t-il. Alternat Solar Energy assemble, fabrique et importe de l’éclairage économique, preuve que le savoir-faire local existe.

Mais Babaz pointe un handicap majeur : la qualité des panneaux solaires fabriqués en Algérie. « Ils ne sont produits qu’à Ouargla, avec une technologie dépassée et trop coûteuse pour le marché local », déplore-t-il. Un frein direct pour les entreprises comme pour les clients.

Selon lui, la demande est bien là, mais l’absence d’industrialisation moderne et la faiblesse de l’offre locale en composants fiables bloquent le développement du secteur.

« Le solaire n’a aucune chance face à un kilowatt à 4 DA » : le constat glacial de Zeboudji Abdeldjalil

Pour Zeboudji Abdeldjalil, ingénieur d’affaires chez ICR Solar, le problème est avant tout économique : « Le solaire n’a pas de place face à Sonelgaz. »

Avec un kilowatt d’électricité facturé à 4 DA, aucun système photovoltaïque, même subventionné, ne peut rivaliser. Le marché solaire reste perçu comme un produit de luxe, totalement hors compétition dans un pays où l’électricité conventionnelle est quasi gratuite.

Selon lui, l’Algérie ne deviendra pas un acteur sérieux du solaire tant que l’État ne modifiera pas son modèle énergétique. « Sans intervention publique directe, sans volonté de rééquilibrer le marché, il n’y aura pas de véritable retour vers le solaire », affirme-t-il.

Le message est net : dans un système où Sonelgaz domine les coûts, la politique et l’accès au marché, le solaire n’a aucune chance.

MAGIC Solar : un optimisme prudent face à une réalité culturelle tenace

Dabouz Nadir, responsable commercial de MAGIC Solar à El Eulma, adopte une approche différente. Son entreprise vise à lancer sa propre ligne de fabrication de panneaux solaires d’ici moins d’un an, un pari industriel audacieux dans un marché stagnant.

Pour lui, le frein n’est pas uniquement économique mais aussi culturel. « Les Algériens n’ont pas encore la culture du solaire, ni en ville ni dans les régions désertiques », constate-t-il.

Il reste toutefois convaincu que la transition est inévitable : « Ça va arriver prochainement, et nous voulons prendre de l’avance. »

Son optimisme ne masque pas la réalité : la fabrication locale reste marginale, la culture énergétique évolue lentement et l’investissement industriel demeure fragile.

Un diagnostic sans détour

L’Algérie possède l’un des gisements solaires les plus importants au monde, mais avance toujours à pas lents, presque immobiles, tandis que ses voisins transforment leurs déserts en centrales électriques géantes.

Les trois témoignages convergent : absence de compétitivité face à l’électricité subventionnée ; matériel local insuffisant et trop cher ; manque d’implication de l’État ; faible culture énergétique ; industrie incapable de suivre le rythme maghrébin.

Le salon de la SAFEX aura au moins permis une chose : mettre en pleine lumière un secteur qui n’attend plus des promesses, mais des décisions structurantes. Une certitude s’impose : sans changement profond, l’Algérie restera spectatrice de la révolution solaire mondiale.

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