Exemption de traçabilité du gaz : l’Algérie parmi les six privilégiés de Bruxelles

Exemption de traçabilité du gaz : l’Algérie parmi les six privilégiés de Bruxelles
Sphères cryogéniques de stockage de GNL, conçues pour maintenir le gaz naturel à très basse température et sous haute sécurité.

Le gaz algérien, qu’il soit acheminé par gazoduc ou sous forme de GNL, a été officiellement exempté du nouveau dispositif de traçabilité renforcée des cargaisons. Une décision qui place Alger parmi les six fournisseurs dispensés des contrôles d’origine imposés dans le cadre de l’interdiction progressive du gaz russe.

L’Algérie vient de franchir un seuil dans sa relation énergétique avec l’Union européenne. Selon la décision d’éxécution de la Commission européenne du 9 février, le gaz naturel liquéfié algérien figure désormais parmi les approvisionnements exemptés des nouvelles obligations de traçabilité qui accompagnent l’interdiction des importations de gaz russe. Un privilège que seuls cinq autres pays – les États-Unis, la Norvège, le Qatar, le Royaume-Uni et le Nigeria – partagent.

Le dispositif désormais en vigueur impose à tout fournisseur de gaz de déclarer aux autorités douanières européennes l’origine précise de ses cargaisons au moins cinq jours avant leur arrivée dans les ports de l’UE. L’objectif étant de s’assurer qu’aucune molécule de gaz russe ne pénètre le marché européen par des circuits détournés. Pour les six pays exemptés, cette obligation est levée, un allègement procédural qui fluidifie les livraisons et consacre, de fait, un statut de partenaire de premier rang.

L’interdiction du gaz russe adoptée le 26 janvier en toile de fond

Cette exemption s’inscrit dans un cadre désormais acté. Le 26 janvier, le Conseil de l’UE a donné son feu vert définitif au règlement organisant l’élimination progressive de toutes les importations de gaz russe. Le calendrier prévoit l’interdiction du GNL russe sur le marché spot dès l’entrée en vigueur du texte, début 2026, la fin des contrats à long terme de GNL au 1er janvier 2027, et l’arrêt complet du gaz acheminé par gazoduc au 30 septembre 2027. Les opérateurs qui ne respecteraient pas ces règles risquent des sanctions pouvant aller jusqu’à 40 millions d’euros ou 3,5 % de leur chiffre d’affaires mondial. Ce calendrier contraint Bruxelles à sécuriser ses approvisionnements alternatifs. Et l’Algérie occupe une place singulière dans cette reconfiguration.

Un fournisseur de premier plan, chiffres à l’appui

Deuxième fournisseur de gaz naturel par gazoduc de l’UE derrière la Norvège, l’Algérie a acheminé quelque 30 milliards de mètres cubes en 2025 via le Transmed vers l’Italie et le Medgaz vers l’Espagne, selon l’Organisation des pays arabes exportateurs de pétrole (OPAEP). Le Vieux Continent a par ailleurs absorbé près de 95 % des exportations algériennes de GNL l’an dernier, d’après les données compilées par l’agence italienne Agenzia Nova. La Turquie s’est imposée comme premier client (3,14 millions de tonnes), suivie de la France (2,31 millions), de l’Italie (1,62 million), de l’Espagne (1,44 million) et du Royaume-Uni (640 000 tonnes).

Les données d’Eurostat confirment cette position. Au premier trimestre 2025, l’Algérie représentait 19,4 % des importations de gaz naturel de l’UE sous forme gazeuse, juste derrière la Norvège (52,6 %) et loin devant une Russie réduite à 11,1 %. L’Algérie figure, avec les États-Unis, le Qatar et la Russie, dans le cercle restreint des fournisseurs qui concentrent 90 % des approvisionnements totaux en GNL du bloc, selon Agenzia Nova.

Jørgensen à Alger : la visite qui concrétise

Le commissaire européen à l’Énergie et au Logement, Dan Jørgensen, est arrivé à Alger le 11 février pour co-présider, aux côtés du ministre d’État chargé des Hydrocarbures et des Mines, Mohamed Arkab, et du ministre de l’Énergie et des Énergies renouvelables, Mourad Adjal, la sixième réunion annuelle de haut niveau du dialogue énergétique Algérie-UE. À l’ordre du jour figurent gaz naturel, énergies renouvelables, hydrogène et interconnexions énergétiques, selon un communiqué de la Commission européenne.

Déjà, fin janvier, le commissaire danois avait affiché la volonté de l’UE de réduire sa dépendance au GNL américain, devenu le premier poste d’importation du bloc, en citant nommément “le Canada, le Qatar et les pays d’Afrique du Nord” comme alternatives. L’Algérie se retrouve au carrefour de deux préoccupations européennes, à savoir sortir du gaz russe et ne pas tomber dans une dépendance excessive envers Washington, dans un contexte de tensions commerciales transatlantiques.

L’équation à résoudre

L’Algérie se trouve donc face à une équation à double face. D’un côté, un statut de partenaire stratégique en voie de renforcement, matérialisé par le projet d’exemption de traçabilité et la visite au plus haut niveau du commissaire européen. De l’autre, des contraintes industrielles qui interrogent sur la capacité du pays à répondre pleinement aux attentes d’un continent ayant importé un volume record de 103,44 millions de tonnes de GNL en 2025, en hausse de 24 % sur un an.

La concurrence s’organise. Le Qatar, dont les mégaprojets du North Field entreront en production dès mi-2026 selon QatarEnergy, ambitionne de porter sa capacité annuelle de 77 à 126 millions de tonnes d’ici 2027. Sonatrach et le turc Botaş négocient par ailleurs la prolongation de trois ans de leur contrat de fourniture de GNL à compter de 2028, pour un volume annuel de 4,4 milliards de mètres cubes, d’après Attaqa.

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