Le Trésor a lancé mardi la première émission de sukuk souverains en Algérie. Ces titres de finance islamique, adossés à des actifs publics, doivent permettre de collecter entre 200 et 300 milliards de dinars. Un pari sur une épargne jusqu’ici rétive aux instruments financiers classiques.
C’est une première. Depuis mardi, les Algériens peuvent souscrire aux sukuk Ijara Usufruit, ces titres souverains conformes à la charia qui reposent sur la mise en location d’actifs appartenant à l’État. Banques, compagnies d’assurances et trésoreries de wilaya collectent les ordres, tandis que le portail sukuk.mf.gov.dz détaille les modalités de l’opération. Le Trésor prévient d’emblée que la souscription sera clôturée dès l’atteinte des objectifs fixés, estimés entre 200 et 300 milliards de dinars.
Accessible dès 100 000 dinars- une seconde coupure à un million de dinars est également proposée – le placement offre un rendement annuel de 6 %, versé sous forme de loyer. L’opération a reçu la validation du Haut Conseil Islamique, gage de conformité aux préceptes de la finance islamique.
Cela étant, ce n’est pas une simple levée de fonds. Il s’agit de capter une épargne que les bons du Trésor classiques n’ont jamais réussi à mobiliser -par méfiance envers les instruments conventionnels ou par attachement aux préceptes de la finance islamique. L’opération cible aussi bien les résidents que les Algériens établis à l’étranger, dans l’espoir de rapatrier une partie des liquidités de la diaspora.
Transparence et traçabilité
Pour encadrer ce lancement, l’instruction de la Direction générale du Trésor a posé un cadre strict. Toutes les opérations transitent par une application dédiée qui assure la dématérialisation intégrale du processus. Chaque souscripteur doit fournir son numéro d’identification national ou fiscal, mettant fin à l’anonymat qui prévalait dans certains circuits de l’épargne. Une exigence conforme aux standards internationaux de lutte contre le blanchiment, mais qui pourrait refroidir les plus discrets.
Le volet fiscal a été calibré pour fidéliser les porteurs. L’exonération totale d’impôt promise ne vaut que pour ceux qui conserveront leurs titres jusqu’à l’échéance de sept ans. Tout rachat anticipé -possible dès la troisième année- fait tomber l’avantage. Le Trésor s’assure ainsi des ressources stables, à l’abri des retraits précipités.
Les sukuk auront également vocation à s’échanger sur le marché secondaire. La Société de gestion de la bourse des valeurs (Bourse) a été chargée d’organiser leur cotation et de fixer les conditions de négociation. Une perspective qui devrait rassurer les souscripteurs soucieux de liquidité, tout en offrant à la place d’Alger ,longtemps atone, un nouvel instrument à même de dynamiser les échanges.
















