« Un génocide rentable » : l’ONU accuse des entreprises de profiter de la guerre à Gaza

« Un génocide rentable » : l’ONU accuse des entreprises de profiter de la guerre à Gaza

Francesca Albanese, rapporteuse spéciale des Nations unies sur les territoires palestiniens occupés, a révélé dans un rapport accablant qu’une cinquantaine d’entreprises bénéficieraient — voire contribueraient — au génocide en cours dans la bande de Gaza.

Du soutien à l’occupation à la complicité dans un génocide économique

Dans ce rapport qui sera présenté jeudi à Genève, l’avocate italienne experte en droits humains dénonce la manière dont certaines entreprises, notamment occidentales, soutiennent l’économie de l’occupation israélienne et profitent financièrement de la guerre à Gaza.

« Alors que Gaza est ravagée et que la Cisjordanie subit une intensification des attaques, ce rapport montre que le génocide israélien perdure car il est rentable pour beaucoup », écrit-elle dans ce document de 27 pages.

Elle pointe du doigt des entreprises « financièrement liées à l’apartheid et au militarisme israéliens ».

Des réactions vives, mais sans réponses concrètes

La mission israélienne à Genève a rejeté le rapport, le qualifiant de « juridiquement infondé, diffamatoire et abusif ». Ni le cabinet du Premier ministre israélien ni le ministère des Affaires étrangères n’ont répondu aux sollicitations.

De son côté, la mission américaine auprès de l’ONU à New York a appelé le secrétaire général Antonio Guterres à condamner Francesca Albanese et à exiger son renvoi, affirmant que son maintien en poste permettait de poursuivre une « campagne de guerre économique » à l’échelle mondiale.

Vers une économie du génocide

Selon le rapport, « les entreprises ne sont plus simplement impliquées dans l’occupation : elles participent désormais à une économie génocidaire », en référence à l’offensive israélienne toujours en cours à Gaza. Francesca Albanese estime qu’il existe des « motifs raisonnables » de croire qu’un génocide est bel et bien en cours dans l’enclave palestinienne.

Entreprises d’armement et de technologie au cœur du système

Le programme d’acquisition par Israël des avions de chasse F-35 illustre cette dynamique : c’est l’un des plus grands programmes d’armement au monde, impliquant environ 1 600 entreprises dans huit pays. Lockheed Martin en est le principal contractant, avec des composants fabriqués à l’échelle mondiale.

Leonardo (Italie) et FANUC (Japon) jouent également un rôle majeur. Côté technologies, Microsoft, Amazon et Alphabet (Google) offrent à Israël un accès quasi-gouvernemental à leurs services cloud et d’IA, facilitant la surveillance et le traitement massif de données biométriques sur les Palestiniens. IBM forme du personnel militaire et gère la base de données de l’administration israélienne de la population.

Palantir Technologies, entreprise américaine spécialisée dans le renseignement, est accusée d’avoir fourni des outils d’analyse et d’intelligence artificielle utilisés pour générer des listes de cibles, notamment via les systèmes « Lavender », « Gospel » et « Where’s Daddy ? ».

D’autres secteurs impliqués : énergie, agriculture, construction, finance

Le rapport mentionne également des entreprises opérant dans des domaines civils mais fournissant des « outils à double usage » à l’occupation : Caterpillar, HD Hyundai, Volvo ou encore Rada Electronic Industries participeraient à la démolition de maisons palestiniennes et au développement de colonies illégales.

Les plateformes Booking.com et Airbnb sont aussi épinglées pour avoir soutenu ces colonies en proposant des hébergements situés sur des terres occupées.

Dans le domaine de l’énergie, Drummond (États-Unis) et Glencore (Suisse) fourniraient du charbon à Israël. Dans l’agroalimentaire, Bright Dairy & Food (Chine) détient Tnuva, conglomérat israélien bénéficiant de terres confisquées. Netafim, contrôlée à 80 % par Orbia (Mexique), est impliquée dans l’exploitation de ressources en eau en Cisjordanie.

Le rapport souligne également le rôle crucial joué par les obligations du Trésor israélien, soutenues par des banques comme BNP Paribas et Barclays, dans le financement de la guerre malgré la dégradation de la note de crédit d’Israël.

Les grands investisseurs derrière ces entreprises

BlackRock et Vanguard, les deux plus grands gestionnaires d’actifs mondiaux, sont identifiés comme principaux investisseurs de nombreuses entreprises citées : Palantir, Microsoft, Alphabet, Amazon, Lockheed Martin, Caterpillar, Elbit Systems, entre autres.

Un capitalisme colonial assumé

« Les entreprises ont toujours favorisé et profité des expansions coloniales et des génocides », rappelle le rapport. Il qualifie l’occupation israélienne de forme de « capitalisme racial colonial ».

Depuis octobre 2023, les entreprises qui profitaient déjà de l’économie de l’occupation sont désormais intégrées à celle du génocide, poursuit-il.

La guerre a généré des profits massifs pour l’industrie de l’armement. Le budget militaire d’Israël a bondi de 65 % en un an, atteignant 46,5 milliards de dollars. La Bourse de Tel-Aviv a, elle, gagné près de 158 milliards en valeur depuis le début de la guerre.

Des compagnies d’assurance comme Allianz et AXA ont massivement investi dans des actifs liés à l’occupation. Booking et Airbnb continuent de générer des revenus sur des territoires illégalement occupés, malgré des tentatives de retrait partiel en 2018. Le rapport qualifie cette stratégie de « blanchiment humanitaire ».

Quelle responsabilité juridique pour les entreprises ?

Les entreprises ont l’obligation de respecter les droits humains, directement ou via leurs partenariats. Même si un État ne respecte pas ces droits, les entreprises doivent le faire.

Il leur incombe donc d’évaluer si leurs activités, y compris tout au long de leur chaîne d’approvisionnement, risquent de causer ou de contribuer à des violations des droits fondamentaux.

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