L’annonce a résonné fort dans les allées du salon international « Cosmetica North Africa Algeria », ouvert à Alger pour sa 4ᵉ édition. Devant plus de 330 exposants, nationaux et étrangers, le ministre du Commerce extérieur et de la Promotion des exportations, Kamel Rezig, a tranché : l’importation des produits cosmétiques n’a plus lieu d’être.
En cause, selon lui, un excès de production locale et une industrie désormais capable de couvrir la demande nationale tout en exportant. Cette décision, présentée comme un levier pour protéger et encourager le produit algérien, a immédiatement déclenché une vague de réactions sur les réseaux sociaux.
« Importer est irrationnel » : Rezig assume l’interdiction
« Quand on exporte, cela veut dire qu’on a atteint l’autosuffisance », a déclaré le ministre, affirmant que «l’importation des produits cosmétiques et d’hygiène corporelle est devenue irrationnelle ». Pour Rezig, l’Algérie n’est plus dans une phase de test, mais dans une « deuxième étape », celle de la production de la matière première et de la consolidation industrielle.
« Nous avons assuré l’autosuffisance avec une très bonne qualité », a-t-il insisté, soulignant que les produits algériens sont aujourd’hui exportés « vers l’Afrique, l’Europe, les Amériques et même les marchés asiatiques ». L’objectif affiché est clair : « arriver à un produit 100% algérien », en coordination avec le ministère de l’Industrie, le CREA et les instances d’exportation.
Dans la même logique, le ministre a appelé les industriels à se rapprocher des producteurs locaux d’acier, comme Tosyali, El Hadjar ou le complexe algéro-qatari Steel, afin de produire localement les emballages – un marché estimé à plus de 40 000 tonnes par an.
Réseaux sociaux : « On ne peut pas imposer la qualité »
Si le discours officiel se veut rassurant, la réaction citoyenne est tout autre. Sur les réseaux sociaux, de nombreux internautes dénoncent une décision jugée « brutale » et « déconnectée du vécu des consommateurs ». Le point le plus sensible concerne la santé.
« On ne peut pas imposer aux gens la qualité des produits qu’ils consomment », lit-on dans un commentaire largement partagé. Des citoyens évoquent des problèmes d’allergies, de peau sensible ou de chute de cheveux, affirmant que « les produits locaux ne répondent pas encore aux besoins spécifiques ».
D’autres alertent sur l’impact direct sur des professions entières – coiffeurs, esthéticiennes, dermatologues –, qui dépendent de produits bien précis dans leur travail quotidien. Le message revient avec insistance : soutenir le produit national, oui, mais pas au détriment de la liberté de choix et de la santé.
Bagagistes et cambistes : une opportunité commerciale ?
Un autre point soulève la controverse : tant que les bagagistes et certains cambistes conservent la possibilité d’introduire des produits cosmétiques via les bagages, cette interdiction pourrait créer un marché parallèle florissant.
Pour plusieurs observateurs, si ces canaux ne sont pas rapidement encadrés, le marché risque de basculer vers « une économie grise », où les produits importés continueront de circuler à des prix plus élevés et sans contrôle renforcé.
La question reste posée : le ministère ira-t-il jusqu’au bout de sa logique, en interdisant également ces formes d’importation ? À défaut, cette décision, stratégique sur le papier, pourrait produire l’effet inverse de celui recherché.
Entre volonté politique, réalité du marché et attentes des consommateurs, le dossier des cosmétiques révèle une fois de plus que la souveraineté économique ne se décrète pas : elle se construit avec équilibre.
















