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30% de taxes américaines: le piège fiscal de Trump pour l’Algérie

Par Yasser K.
3 avril 2025
30% de taxes américaines: le piège fiscal de Trump pour l’Algérie

Malgré l’exemption du pétrole et du gaz, les mesures commerciales de Trump pourraient fragiliser l’économie algérienne.

Le 2 avril 2025, le président américain Donald Trump a annoncé son vaste plan de tarifs douaniers baptisé “Liberation Day” (Jour de Libération), imposant des taxes variables sur les importations en provenance de nombreux pays. Dans ce cadre, les produits algériens sont spécifiquement frappés d’une taxe de 30%, contre 18,9% dans le passé. Si le pétrole et le gaz sont exemptés de cette mesure, cette protection apparente masque néanmoins des conséquences complexes pour l’économie algérienne.

Le taux de 30% appliqué à l’Algérie n’est pas choisi au hasard. L’administration Trump a établi ce pourcentage en se basant sur une formule précise qui prend en compte trois facteurs principaux : le déficit commercial américain avec l’Algérie, les taxes que l’Algérie impose sur les produits américains, et ce que Trump qualifie de “barrières déloyales” au commerce.

Selon les explications du président américain, ces mesures sont qualifiées de “réciproques avec remise”, représentant seulement la moitié des taux que l’Algérie imposerait aux produits américains. La formule utilisée divise le déficit commercial américain avec l’Algérie par la valeur des exportations algériennes vers les États-Unis, puis divise ce résultat par deux.

Ce taux de 30% place l’Algérie dans une position difficile parmi les pays d’Afrique du Nord, juste derrière la Libye (31%) et nettement au-dessus de la Tunisie (28%). Le Maroc, en comparaison, n’est soumis qu’au tarif de base de 10%, ce qui suggère que l’administration Trump n’a pas identifié de déficit commercial significatif avec ce pays voisin.

Une exemption qui ne protège pas totalement

L’administration Trump a confirmé que les importations de pétrole, de gaz naturel et de produits raffinés échapperont aux nouvelles taxes douanières. Cette décision vise avant tout à protéger les consommateurs américains de hausses des prix à la pompe et à maintenir la stabilité des approvisionnements énergétiques des États-Unis.

Cependant, malgré cette exemption qui semble avantageuse à première vue, l’Algérie n’est pas à l’abri des turbulences économiques. Dès l’annonce de ces mesures, les marchés pétroliers ont réagi négativement, avec une chute de près de 3,5% des prix du pétrole lors des échanges asiatiques. Le Brent a baissé de 2,63% à 72,98 dollars le baril, tandis que le WTI américain a diminué de 2,80% à 69,70 dollars.

Ces réactions immédiates du marché montrent que même les secteurs exemptés peuvent subir les contrecoups d’une politique commerciale agressive à l’échelle mondiale.

Le premier risque majeur pour l’Algérie réside dans le ralentissement économique mondial que ces taxes massives pourraient déclencher. Si la production industrielle chute, particulièrement en Chine (taxée lourdement à 54%) et en Europe, la demande énergétique suivra inévitablement la même tendance.

Cette baisse de la demande mondiale pourrait entraîner une pression à la baisse sur les prix des hydrocarbures, affectant directement les revenus de l’Algérie. Pour un pays dont le système fiscal pétrolier est déjà considéré comme l’un des moins attractifs au monde aux côtés de la Russie, cette pression supplémentaire sur les prix pourrait accentuer les déficits budgétaires existants.

Le second défi concerne les exportations hors-hydrocarbures, qui représentent les efforts de diversification économique entrepris par Alger ces dernières années. Ces produits seront directement frappés par le tarif de 30%, perdant ainsi leur compétitivité sur le marché américain.

Par exemple, l’Algérie s’était positionnée comme premier fournisseur américain en rond à béton avec 42 662 tonnes exportées en septembre 2021. De même, les récentes exportations de ciment (46 000 tonnes en mai 2024) avaient marqué une avancée significative dans la stratégie de diversification des exportations algériennes. Ces secteurs verront leur compétitivité s’effondrer face à des concurrents bénéficiant de taux d’imposition plus favorables.

Le troisième facteur de risque tient à la structure même de l’économie algérienne, qui reste fortement dépendante des revenus pétroliers et gaziers pour son budget national. Cette vulnérabilité structurelle l’expose particulièrement aux fluctuations des marchés énergétiques.

Les efforts de diversification économique, qui avaient permis d’atteindre 7 milliards de dollars d’exportations hors hydrocarbures au premier semestre 2022 et qui visent un objectif ambitieux de 15 milliards de dollars d’ici 2027, représentaient un pas dans la bonne direction. Toutefois, ces progrès risquent maintenant d’être sérieusement compromis par les nouvelles barrières commerciales américaines.

La politique tarifaire de Trump, qui sera mise en œuvre dès le 5 avril 2025 pour la taxe universelle de 10% et le 9 avril pour les taux spécifiques par pays, laisse très peu de temps à l’Algérie pour s’adapter. Cette mise en application rapide complique encore davantage la situation pour les autorités algériennes, qui doivent réagir dans l’urgence.

Yasser K.

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