Alors que les pouvoirs publics multiplient les initiatives pour promouvoir le paiement électronique, les indicateurs prévisionnels pour l’année 2025 révèlent une réalité économique tenace : l’argent liquide reste le roi incontesté des transactions en Algérie.
Selon les données du GIE Monétique, les retraits sur les distributeurs automoatique de billets devraient atteindre des sommets historiques, portés paradoxalement par la modernisation même de l’infrastructure bancaire.
C’est un chiffre qui donne le vertige et qui résume, à lui seul, le défi de l’inclusion financière numérique en Algérie. Pour la seule année 2025, le volume global des retraits sur les distributeurs automatiques de billets (DAB/GAB) devrait frôler les 4 400 milliards de dinars (4 397,2 milliards précisément). Ce montant colossal sera généré par plus de 235 millions d’opérations, confirmant une « utilisation intensive » des espèces par les ménages algériens, loin de l’essoufflement espéré par les partisans du « tout numérique ».
Une consommation rythmée par le calendrier social
L’analyse des projections pour 2025 met en lumière une corrélation étroite entre les pics de retraits et le calendrier social et religieux des Algériens. Loin d’être linéaire, la courbe des retraits épouse les temps forts de la consommation nationale.
Le premier cycle de tension sur les liquidités est attendu entre mars et mai, une période qui concentre le mois de Ramadan ainsi que les fêtes de l’Aïd El-Fitr et de l’Aïd El-Adha. Ces événements, traditionnellement synonymes de fortes dépenses alimentaires et vestimentaires, drainent massivement les comptes bancaires.

Le second cycle intervient durant l’été. Les mois d’août et septembre affichent une hausse marquée, alimentée par un triptyque coûteux pour les ménages : les dépenses de loisirs et voyages, les achats saisonniers, et surtout le financement de la rentrée sociale et scolaire.
Enfin, la fin de l’année confirme cette dynamique. Le mois de décembre s’annonce comme le plus actif de l’année, tant en volume qu’en valeur, avec plus de 21,4 millions de transactions prévues pour près de 400 milliards de dinars retirés en un seul mois.
Le paradoxe de la modernisation
Comment expliquer cette croissance continue ? Les données du GIE Monétique pointent une tendance structurelle lourde enclenchée dès 2020. La hausse des retraits ne témoigne pas seulement de l’inflation, mais aussi de l’extension du réseau bancaire.
La croissance est en effet soutenue par deux facteurs techniques majeurs : la densification du parc d’automates et, surtout, l’augmentation significative du nombre de cartes interbancaires en circulation. En d’autres termes, la massification de la carte bancaire en Algérie sert, pour l’heure, davantage à retirer du cash qu’à payer directement chez les commerçants. L’outil moderne alimente l’usage traditionnel.
Un indicateur comportemental reste d’ailleurs remarquablement stable : le montant moyen par retrait. Depuis cinq ans, il se maintient autour de 18 500 dinars par opération. Cette stabilité suggère que le recours au cash n’est pas un phénomène de panique ou de thésaurisation ponctuelle, mais bien une habitude de consommation ancrée et régulière.
Si l’année 2025 s’annonce comme un millésime record pour la monétique en termes de flux, elle souligne surtout que la transition vers le paiement scriptural reste un chantier de longue haleine face à la commodité et à l’ancrage culturel de l’argent liquide.
















