5G au Maghreb : trois pays, trois stratégies… à trois vitesses

5G au Maghreb : trois pays, trois stratégies… à trois vitesses

Le Maghreb est en train de basculer dans l’ère 5G, mais à trois vitesses : l’Algérie vient tout juste de cadrer juridiquement le déploiement, la Tunisie a déjà lancé ses premières offres commerciales, et le Maroc mise sur une montée en charge rapide, fortement encadrée par le régulateur. Cette chronologie différente révèle autant des choix technico‑économiques que des arbitrages politiques propres à chaque pays.

En Algérie, la bascule se fait d’abord par la réglementation : trois décrets exécutifs publiés au J.O du 20 novembre 2025 attribuent officiellement des licences 5G à ATM Mobilis, Ooredoo et Djezzy. Chaque opérateur reçoit 100 MHz dans la bande 3,5 GHz (3,5–3,6 GHz) et 40 MHz dans la bande 2,6 GHz en TDD, avec 30 MHz supplémentaires prévus sous quatre ans, couvrant tout le territoire sous réserve de contraintes aux frontières. Il fixent également un délai de 5 ans pour l’obligation de migrer vers un cœur 5G autonome.

Le dispositif, officiellement affiché, renforce aussi la souveraineté numérique : trafic international obligé de transiter par l’unique opérateur fixe du pays, Algérie télécom, équipements neufs et sécurisés validés par l’Agence de cybersécurité, infrastructures passives réservées à des sociétés à capitaux majoritairement algériens, et recours aux fournisseurs étrangers d’actifs radio soumis à l’aval du régulateur en cas de déficit de compétences locales. Ce choix protège l’écosystème domestique, mais risque de ralentir la densification des réseaux si l’offre locale ne suit pas le rythme industriel imposé par la 5G.

Tunisie : pionnier maghrébin en service commercial

La Tunisie a choisi une approche plus offensive, avec un calendrier resserré entre régulation, tests et commercialisation. Une feuille de route adoptée en juin 2024 avait prévu l’attribution de licences puis un lancement commercial fin 2024, sur un mix de 700 MHz (5 MHz duplex) et 3,5 GHz (100 MHz TDD) par opérateur, licences valables 15 ans. En pratique, la montée en charge s’est faite début 2025 : Tunisie Telecom a officiellement lancé son offre commerciale 5G le 14 février 2025, avec formules mobiles et box, en s’appuyant sur un réseau fibre de plus de 61 000 km raccordant 90 % de ses stations de base.​

L’opérateur historique se positionne comme moteur de la « révolution » 5G, en insistant sur la continuité avec un long programme de modernisation du réseau (tests 5G dès 2020, déploiement lors du Sommet de la Francophonie à Djerba en 2022) et sur la complémentarité fibre–5G.

Les premiers indicateurs de performance confirment l’effet de rupture : la 5G a fait bondir la médiane des débits mobiles tunisiens au‑delà de 300 Mb/s, soit un saut d’ordre de grandeur par rapport à la 4G, et repositionne le pays dans le haut du tableau africain en matière de qualité mobile.

Cette avance comporte néanmoins un défi économique dans une Tunisie qui peine à se relever d’une crise économique qui dure depuis plusieurs années. Le pays doit rapidement transformer la 5G en valeur pour les entreprises (industrie, santé, logistique) et pas seulement en argument marketing grand public. ​

Maroc : licences, obligations de couverture et pari AFCON

Au Maroc, le levier principal est la planification réglementaire, très structurée par l’Agence nationale de réglementation des télécommunications (ANRT). Après l’ouverture des procédures d’enchères, l’ANRT a attribué en 2025 des licences 5G à Maroc Telecom, Inwi et Orange (Medi Telecom), avec des obligations fortes : au moins 45 % de la population couverte en 5G d’ici fin 2026 et 85 % à l’horizon 2030.

Les autorités visent des lancements commerciaux dès fin 2025, qui coïncident avec le début de la Coupe d’Afrique des nations de Football, que le pays accueille du 21 décembre au 18 janvier 2026. Les premiers lancements se feront d’abord à Rabat, Casablanca, Tanger, Fès, Marrakech, Agadir et les grands axes routiers.

Cette stratégie s’appuie sur un socle d’infrastructures déjà largement mutualisées . Selon les données du ministère de la Transition numérique et de la réforme de l’Administration, plus de 80 % des sites urbains seraient fibrés, et quelque 3 000 sites radio partagés entre opérateurs. Cela réduit les coûts de déploiement et accélère la montée en charge.

Moteur de croissance et de productivité

Les études de GSMA et de la Banque mondiale estiment que la 5G pourrait ajouter environ 26 milliards USD à l’économie africaine d’ici 2030 en soutenant la numérisation des entreprises et des services publics. Pour le Maghreb, où la contribution actuelle du mobile au PIB est déjà proche de 8 % en moyenne continentale, la 5G doit prolonger cette dynamique via des gains de productivité dans l’industrie, la logistique, l’agriculture et les services financiers.

Au Maroc, une étude citée par BMCE Capital table sur un impact annuel de 4 à 6 milliards USD d’ici 2030, soit 1,5 % à 2 % du PIB, tiré par la productivité, l’IoT, les data centers et le cloud. En Tunisie et en Algérie, les gouvernements présentent la 5G comme levier central de compétitivité et de modernisation de l’économie, en lien avec les stratégies nationales de transformation digitale.

Les analyses de la GSMA et de la Banque mondiale soulignent aussi des risques : lourde charge d’investissement, retour sur capital incertain dans des marchés à faible ARPU ((Revenu moyen par utilisateur), et persistance d’une fracture numérique si les terminaux 5G et les abonnements restent chers. L’enjeu est de ne pas multiplier les CAPEX sans cas d’usage monétisables, sous peine de pression financière sur les opérateurs et d’augmentation des tarifs ou taxes sectorielles.

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