Des organisations représentant des communautés affectées, des peuples autochtones et des défenseurs de l’abolition des armes nucléaires ont commémoré le 66e anniversaire du premier essai nucléaire français réalisé dans le Sahara algérien le 13 février 1960. Ce jour-là, la France procédait à l’explosion de sa première bombe atomique à Reggane, sous le nom de Gerboise Bleue, inaugurant une séquence aux conséquences humaines et environnementales durables.
Entre 1960 et 1966, la France a conduit 17 explosions nucléaires et 40 essais au total dans les régions de Reggane et d’In Ekker. Ces opérations ont provoqué une contamination radioactive étendue, avec des effets sanitaires persistants : hausse des cancers, maladies chroniques, malformations congénitales, dégradation des ressources naturelles et des moyens de subsistance. Les retombées radioactives ont également dépassé le Sahara algérien, atteignant des zones d’Afrique de l’Ouest et du bassin méditerranéen.
Les organisations notent l’existence de débats et d’initiatives en cours en France et en Algérie. En France, des démarches parlementaires visent à réviser le régime d’indemnisation des victimes des essais en Algérie et en Polynésie française, et à renforcer la transparence. En Algérie, l’Assemblée populaire nationale a examiné ce dossier pour la première fois en février 2025 à travers un séminaire parlementaire ayant abouti à 13 recommandations portant sur la transparence, la justice nucléaire, la transmission de la mémoire et le développement de la recherche sanitaire et environnementale.
Toutefois, les signataires dénoncent l’absence de réponse des gouvernements français et algérien aux correspondances adressées le 13 septembre 2024 par des rapporteurs spéciaux des Nations unies. Ces communications appelaient notamment à la divulgation des archives et documents, à l’identification des sites d’enfouissement de déchets radioactifs, à la dépollution des zones touchées, à l’indemnisation et à la prise en charge des victimes. Elles invitaient également l’Algérie à informer la population sur les risques, prévenir de nouvelles expositions et garantir une participation transparente de la société civile.
Les organisations expriment par ailleurs leur préoccupation concernant la loi algérienne criminalisant le colonialisme. Adoptée par l’Assemblée populaire nationale, elle a fait l’objet de réserves du Conseil de la nation sur certaines dispositions relatives aux indemnisations, ce qui soulève des interrogations sur la volonté politique réelle de traiter ce dossier en profondeur.
Les signataires estiment que les avancées institutionnelles restent insuffisantes sans résultats concrets. Ils demandent à la France de reconnaître pleinement sa responsabilité, de lever le secret sur les archives, cartes et dossiers, y compris les sites d’enfouissement des déchets radioactifs, de transférer l’intégralité des archives nucléaires à l’Algérie, de réformer le système d’indemnisation et d’élargir la liste des maladies et des zones reconnues. Ils appellent également à renforcer l’efficacité du Comité d’indemnisation des victimes des essais nucléaires et à fournir un soutien technique et financier durable aux programmes de suivi sanitaire et de dépollution, ainsi qu’à signer et ratifier le Traité sur l’interdiction des armes nucléaires.
À l’Algérie, les organisations demandent la mise en place urgente d’un programme national de surveillance, de dépistage précoce et de traitement dans les zones affectées, la diffusion d’informations fiables dans les langues nationales et locales, la publication annuelle d’un rapport détaillé sur les activités de l’agence nationale compétente, ainsi que la facilitation de la création d’associations indépendantes de victimes et le renforcement de la coopération avec la France pour l’accès aux données et documents.
Les deux pays sont enfin appelés à créer une commission conjointe permanente associant représentants gouvernementaux, parlementaires, experts indépendants et associations de victimes, chargée du suivi sanitaire et environnemental, de la mise en œuvre des plans de dépollution et de réparation, selon un calendrier précis et des mécanismes de redevabilité clairs.
Organisations signataires :
– Shoaa pour les droits de l’homme
– International Campaign to Abolish Nuclear Weapons
– ICAN France
– Centre de documentation et de recherche sur la paix et les conflits
– International Peace Bureau
– International Association of Liberal Religious Women
– Moruroa e Tatou
– Veterans For Peace
– International Peace Research Association
– IALRW Japan
– Réseau Sortir du nucléaire
– Acronym Institute for Disarmament Diplomacy
– Scottish Campaign for Nuclear Disarmament
– Congolese Civil Society in South Africa
– Action on Armed Violence
– Mines Action Canada
– World Without Wars
– Observatoire des droits des tribus
– Nepal Intellectual Forum
– Secure Scotland
– Rocky Mountain Peace and Justice Center
– Justice and Peace Queensland
















