Deux ans après son lancement, le plan Mattei connaît sa première concrétisation majeure en Algérie, avec plus de 9 milliards de dollars d’investissements dans l’énergie et l’agriculture. À Addis-Abeba, Giorgia Meloni a présenté vendredi cette initiative comme un modèle de partenariat « entre égaux » avec le continent africain.
L’Algérie s’impose comme le partenaire privilégié du plan Mattei. Alors que Giorgia Meloni organisait vendredi 13 février le deuxième sommet Italie-Afrique à Addis-Abeba, en marge de la réunion de l’Union africaine, c’est bien Alger qui incarne la concrétisation la plus aboutie de cette stratégie africaine italienne lancée en janvier 2024.
Le premier projet du plan porte sur la récupération des terres semi-arides pour la production agricole en Algérie, développé par l’entreprise Bonifiche Ferraresi. D’un montant estimé à 420 millions de dollars, cette initiative couvre environ 36 000 hectares dans la wilaya de Timimoun pour développer la production de céréales et de légumineuses, constituant le plus grand investissement agricole italien dans le sud de la Méditerranée.
Le gaz algérien, nerf de la guerre énergétique italienne
Mais c’est surtout dans le secteur énergétique que la présence italienne prend toute son ampleur. Le géant pétrolier ENI prévoit d’investir 8 milliards de dollars en Algérie au cours des quatre prochaines années, auxquels s’ajoutent 1,35 milliard de dollars pour l’exploration et l’exploitation du périmètre de Zemoul El Kbar dans le bassin de Berkine, un contrat signé en juillet 2025.
Les flux gaziers algériens vers l’Italie connaissent une profonde mutation. Si les livraisons de gaz naturel liquéfié (GNL) ont bondi de plus de 50% en 2025 avec 47 cargaisons contre 31 en 2024, les volumes acheminés par le gazoduc TransMed ont en revanche légèrement reculé, passant de 21,2 à 20,1 milliards de mètres cubes. La part du gaz algérien par gazoduc dans les importations italiennes s’est ainsi établie à 31% en 2025, contre 34% en 2024 et 36% en 2023.
Ce rééquilibrage reflète une stratégie algérienne d’adaptation aux évolutions du marché européen. Le GNL, qui représente désormais 21% des cargaisons reçues par l’Italie toutes origines confondues, offre une flexibilité supérieure au gazoduc pour orienter les volumes en fonction des prix et des opportunités de marché. Cette diversification intervient dans un contexte où l’approvisionnement gazier algérien a permis à Rome de réduire drastiquement sa dépendance au gaz russe depuis l’invasion de l’Ukraine.
Cette relation privilégiée ne date pas d’hier. ENI, présent en Algérie depuis 1981, gère le gazoduc TransMed qui transporte le gaz algérien vers l’Italie via la Tunisie. Les échanges commerciaux entre les deux pays avaient atteint 15,9 milliards de dollars en 2024, le gaz étant le facteur dominant.
D’Alger à Addis-Abeba, une ambition continentale
Le bilan du plan Mattei a considérablement progressé depuis ses débuts. Fin 2024, l’agence italienne Agenzia Nova recensait 21 projets en cours pour un total de 420 millions d’euros. En 2025, les projets du plan ont atteint entre 1,3 et 1,4 milliard d’euros, selon les chiffres présentés lors du sommet d’Addis-Abeba. L’initiative, initialement centrée sur neuf pays, a été élargie à quatorze États africains et devrait encore s’étendre en 2026.
À Addis-Abeba, la Première ministre italienne a réaffirmé sa volonté de bâtir un « nouveau chapitre » dans les relations avec l’Afrique, fondé sur « la confiance et le respect mutuel, loin de toute tentation prédatrice et de l’approche paternaliste ». Elle a également annoncé travailler sur les dettes liées aux chocs climatiques.
Le plan Mattei, baptisé du nom d’Enrico Mattei, fondateur d’ENI dans les années 1950, vise à établir des partenariats à long terme dans cinq secteurs : l’énergie, les infrastructures, l’eau et l’agriculture, l’éducation et la santé.
















