Abdelmadjid Attar crée la polémique en rejetant le raccordement systématique au gaz naturel

Algérie Gaz Attar
M. Attar a été contraint de préciser ses propos sur Facebook.

 

Abdelmadjid Attar, ancien PDG de Sonatrach, recommande d’abandonner l’idée de raccorder tout le pays au gaz naturel. Sa proposition a suscité incompréhension et polémique.

Il ne suffit pas d’avancer une idée intelligente ou novatrice pour gagner les faveurs de l’opinion. Encore faut-il que le public soit réceptif, et fasse l’effort nécessaire pour comprendre la proposition, ses implications et les préalables qu’il faut réunir pour la concrétiser.

Abdelmadjid Attar vient de l’apprendre à ses dépens. L’ancien PDG de Sonatrach a suggéré, au cours d’une émission de radio, d’abandonner l’idée de raccorder tous les villages et hameaux du pays au gaz naturel. Le projet est trop couteux, inefficace, et risque, à terme, de se trouver confronté à une pénurie de gaz, selon M. Attar. Peut-être serait-il plus économique pour le pays de procéder autrement. Il prône, en conséquence, de prendre un raccourci, pour doter certains endroits de sources d’énergie alternatives. Pourquoi en effet ne pas équiper certaines zones de sources d’énergie renouvelable, solaire ou éolienne, quitte à assurer un complément avec du gaz en bouteille? Cela éviterait les frais de raccordement, très onéreux, d’économiser du gaz qui pourrait être exporté, et de permettre à ces habitants d’accéder directement à un nouveau standard de vie. Après tout, beaucoup d’Algériens sont passés directement au téléphone portable et à la 3G, sans passer par le téléphone fixe et l’ADSL.

Déchainement sur les réseaux sociaux

Dans un premier commentaire, le quotidien El Watan a titré brutalement: « Abdelmadjid Attar suggère de sacrifier les villageois ». Jugeant « la proposition, pour le moins, discriminatoire », le journal reproche à M. Attar, qui est aussi vice-président de l’association de l’industrie du gaz (AIG), de proposer comme alternative les énergies renouvelables alors qu’il sait que les investissements manquent.

Le ton était donné. Sur les réseaux sociaux, ce fut un déchainement contre M. Attar, tour à accusé « d’homme du système », d’ennemi des pauvres qui commet un « dérapage », quand il n’est pas tout simplement accusé d’être « impliqué dans les scandales ». Les commentaires les plus violents l’accusent « d’avoir des comptes cachés en Suisse. C’est un enfant du système, donc pas étonnant qu’il souhaite plus de misère au peuple », écrit un internaute.

Ali Mebroukine, un proche de l’ancien président Liamine Zeroual, écrit que « les propos de cet ancien ministre sont ineptes et débiles. Comme tous les discours qu’il tient ; du vent, du vent et encore du vent », ajoute-t-il.

Le gaz sera plus cher que le renouvelable

Des internautes trouvent toutefois que M. Attar a raison sur le fond. « Apporter le gaz de ville sur une distance de plusieurs milliers de Km pour quelques centaines d’âmes, c’est un non-sens », « écrit l’un d’eux. « Il y a des endroits où mettre du gaz de ville n’est rentable pour personne. Offrir à ces villages du gaz en bouteille, ne serait-ce que gratuitement, serait beaucoup plus intéressant pour tout le monde », ajoute-t-il.

Un autre estime que M. Attar « a été vraiment courageux en refusant justement le populisme ». Ce qu’il propose vise à éviter « la fuite en avant et les solutions les plus coûteuses », qui ont pour conséquence d’«ouvrir grands les robinets de la rente».

M. Attar a été contraint de préciser ses propos sur Facebook, niant qu’il ait voulu « sacrifier les villageois ». Il estime que le gaz « ne sera peut-être pas disponible dans une ou deux décennies », et qu’il « sera certainement plus cher que les énergies renouvelables ».

Cette précision inverse toute la problématique du gaz en Algérie : dans un pays aussi ensoleillé, le coût de l’énergie solaire serait déjà au même niveau que celle obtenue à partir du gaz naturel. Dans deux ou trois décennies, l’énergie solaire sera nettement moins chère. Y recourir massivement pourra dégager des quantités supplémentaires à l’exportation vers des pays moins ensoleillés ou pour un usage où le gaz reste irremplaçable.

 

 

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