Le renversement est spectaculaire. En l’espace d’une décennie, la Chine est passée du statut de banquier généreux des pays en développement à celui de créancier dont il faut rembourser les ardoises. Selon une analyse de l’initiative One Data publiée mardi, et rapportée par Reuters, les pays africains transfèrent désormais plus d’argent vers Pékin qu’ils n’en reçoivent.
Entre 2015 et 2019, l’Afrique avait bénéficié d’un afflux net de 30 milliards de dollars en provenance de Chine. Entre 2020 et 2024, la tendance s’est totalement inversée. Le continent a enregistré une sortie nette de 22 milliards de dollars vers l’empire du Milieu.
« Les prêts ont certes diminué, mais le remboursement des anciens emprunts chinois se poursuit », explique David McNair, directeur exécutif de l’initiative. Résultat, les flux s’inversent mécaniquement.
Face au retrait chinois, les bailleurs multilatéraux ont comblé le vide. Banque mondiale, FMI et autres institutions ont augmenté leurs financements nets de 124 % sur la dernière décennie. Ils représentent aujourd’hui 56 % des flux nets vers les pays en développement, soit 379 milliards de dollars entre 2020 et 2024.
2025 : l’année de tous les dangers
Le tableau pourrait encore s’assombrir. La fermeture de l’USAID, l’agence américaine de développement, et la réduction des enveloppes d’autres pays riches pèsent déjà lourdement sur les économies africaines. Les données de 2025, lorsqu’elles seront disponibles, devraient révéler une chute marquée de l’aide publique au développement.
Pour David McNair, cette évolution est « négative » pour les gouvernements africains, confrontés à des difficultés croissantes pour financer services publics et investissements. Mais elle pourrait aussi, paradoxalement, renforcer la responsabilité locale en réduisant la dépendance aux financements extérieurs. Un sevrage brutal qui obligera le continent à compter davantage sur ses propres ressources.
















