Alors que l’Iran subit l’une des offensives les plus dévastatrices de son histoire sous les frappes de la coalition israélo-américaine, un silence assourdissant s’abat sur les BRICS. Le bloc qui prétend incarner l’alternative au monde occidental disparaît au moment même où l’un de ses membres est frappé.
Censés représenter une alternative souveraine au diktat occidental, les membres du groupe brillent par une inconstance révélatrice, totalement incapable de protéger l’un des siens.
Le contraste avec les célébrations de 2024 est brutal : l’entrée de la République islamique dans le club avait alors été présentée comme un tournant historique vers un monde multipolaire. Cruellement pour les Iraniens, les BRICS ont disparu sous les bombes.
Le cynisme de New Delhi
Cette guerre démontre brutalement que les BRICS ne sont ni une alliance ni un bouclier, mais une simple juxtaposition d’intérêts nationaux divergents. Elle touche également deux autres membres, les Émirats arabes unis et l’Arabie saoudite, révélant les fractures internes qui minent le bloc.
La paralysie du groupe s’explique par des trajectoires stratégiques qui se tournent le dos dès le premier missile. L’Inde, qui assure la présidence du groupe, reste muette et joue la montre avec un cynisme pragmatique, sacrifiant son partenaire iranien sans le moindre état d’âme. Entre ses accords technologiques vitaux avec Washington et sa dépendance au pétrole des monarchies du Golfe, New Delhi profite de l’isolement de Téhéran pour sécuriser ses propres routes commerciales.
Même le torpillage par la marine américaine d’un navire iranien, invité de l’Inde à des exercices, n’a suscité aucune protestation officielle, confirmant que, pour New Delhi, les BRICS ne sont qu’un outil de négociation pour obtenir des concessions de l’Occident.
Pékin et Moscou dans la réprobation verbale
La Russie et la Chine, piliers autoproclamés de ce contre-pouvoir global, se complaisent de leur côté dans une diplomatie de la réprobation verbale qui ne coûte rien à leurs armées. Moscou observe une neutralité de fait qui sert ses intérêts financiers : l’instabilité du détroit d’Ormuz propulse les cours du pétrole, offrant au Kremlin une manne providentielle, tandis qu’il regarde passivement l’affaiblissement d’un allié devenu encombrant.
Pékin, de son côté, pratique une diplomatie de l’absence : chaque déclaration au Conseil de sécurité de l’ONU condamne verbalement, mais ne s’accompagne d’aucune mesure concrète. Sa dépendance aux marchés occidentaux et à la sécurité de ses chaînes d’approvisionnement l’empêche de s’engager au-delà du verbe, démontrant que la Chine n’est pas prête à assumer le coût militaire de son statut de puissance.
L’adhésion récente de l’Arabie saoudite et des Émirats arabes unis a fini de transformer le bloc en une zone de fractures internes insurmontables, où certains membres accueillent favorablement l’affaiblissement de leur rival régional iranien.
Le crash-test des BRICS
Cette guerre agit comme un crash-test terminal. Même si le groupe survit formellement à l’agression israélo-américaine, sa prétention à offrir une alternative politique et sécuritaire à l’ordre mondial est désormais contestable, pour ne pas dire moribonde. L’Iran, membre de plein droit, brûle sous les yeux de ses partenaires qui calculent déjà le prix du baril pour le lendemain, confirmant que le groupe est une coquille vide où les membres s’observent avec méfiance, quand ils ne se réjouissent pas secrètement de l’affaiblissement mutuel.
Cette crise marque sans doute la fin de l’illusion d’un bloc capable de créer l’équilibre. L’attractivité des BRICS risque d’être durablement érodée après l’épisode iranien, refroidissant les candidatures de pays en quête de protection réelle.
Pas de regrets pour l’Algérie?
L’Algérie, qui a essuyé une rebuffade en 2023 pour sa demande d’adhésion, peut aujourd’hui constater que l’intégration aux BRICS n’est en rien la panacée promise contre les tempêtes géopolitiques.
Les BRICS ne constituent pas une alliance stratégique, mais une simple juxtaposition d’intérêts contradictoires, condamnée à l’inconsistance dès que l’histoire s’accélère, laissant place à un vide géopolitique où seule la force brute des puissances établies continue de dicter sa loi, sur les ruines d’un rêve multipolaire qui n’aura jamais dépassé le stade du discours.
















