La visite officielle qu’effectue actuellement le président Abdourahamane Tiani en Algérie est peu relayée, jusqu’ici, par les médias nigériens. Ce silence médiatique ne reflète aucun manque d’importance stratégique pour Niamey, mais s’explique par la discrétion qui entoure ce rapprochement depuis l’annonce du retour simultané des ambassadeurs (12 février 2026) et l’invitation personnelle du président Tebboune, pour son homologue nigerien.
Une « odeur énergétique » omniprésente
Les rares articles nigériens traitant de ce dégel insistent sur sa dimension énergétique. Niger Diaspora, média électronique, titre : « Les projets énergétiques au cœur d’une concertation stratégique à Niamey ». Selon ce média, « la coopération énergétique entre le Niger et l’Algérie a connu une nouvelle impulsion le 26 janvier 2026 à Niamey, à l’occasion de la visite du ministre d’État algérien chargé de l’Énergie, Mohamed Arkab ».
Les deux dossiers phares discutés avec le Premier ministre Ali Mahaman Lamine Zeine et le général Tiani portent sur le bloc pétrolier Kafra, situé à la frontière algéro-nigérienne. Chantier majeur de Sonatrach au Niger, il était en phase d’exploration avant la crise diplomatique. Sonatrach peut désormais entrer en phase d’exploitation avec une capacité cible de 90 000 barils/jour (réserves estimées : 260 millions de barils).
Le deuxieme dossier n’est autre que le gazoduc transsaharien (TSGP) Nigeria-Niger-Algérie-Europe. « Niger Diaspora » rapporte que « les deux parties ont réaffirmé leur volonté de renforcer les mécanismes de coordination pour accélérer ce projet, levier majeur d’intégration énergétique et de souveraineté économique ».
Contexte diplomatique : sortie de l’isolement
Ce rapprochement intervient après plusieurs signaux positifs pour le Niger. Réouverture des frontières Niger-Nigeria (9 février 2026), permettant à des milliers de camions d’acheminer marchandises depuis le port de Cotonou (Bénin) via le Nigeria. ce port gere 80% des importations nigeriennes en transitant par ces frontieres avec le Nigeria.
Le Niger sort ainsi de l’isolement imposé par son adhésion à l’Alliance des États du Sahel (AES) -Mali, Burkina Faso, Niger -née des coups d’État récents, au grand dam du Nigeria.
La crise algéro-nigérienne (avril 2025-février 2026) naquit lorsque Niamey rappela son ambassadeur en solidarité avec le Mali, après l’abattage par Alger d’un drone malien infiltrant son espace aérien.
Mais Niamey connue pragmatisme, dicté par son besoin d’autonomie économique, contrairement au Mali, totalement compromis avec la Russie – son unique soutien face aux djihadistes et rebelles touaregs.
Le Maroc : plateau d’échecs énergétiques sahéliens
L’axe AES-Russie se greffe à l’enjeu stratégique du Sahel pour le Maroc, qui cherche à briser son isolement énergétique post-fermeture du gazoduc Maghreb-Europe (GME, 2021) par Alger. Rabat propose le gazoduc Nigeria-Maroc (NMGP) via l’Atlantique, contournant totalement le TSGP algéro-nigérian.
Niamey est au centre d’ une conccurence entre trois axes: En plus de l ‘axe « nigeria – Algerie- Europe » et celui de « AES- Russie-Maroc », il y’ a la chine avec sa rafinerie SOraz à Agadem, qui produit 110000 barils/jour. La chine répond au besoin du Niger de s affranchir de la dependance de l’ ancien collonisateur.
Niamey arbitre ainsi ces influences, diversifiant ses partenaires énergétiques. Et ce silence médiatique cache un choix stratégique majeur : le Niger opte pour l’équilibre plutôt que l’exclusivité, faisant du Sahel le nouveau plateau d’échecs gazier euro-africain. Pour l’Europe, l’Algérie (21% de ses importations gaz en 2025) devient la carte maîtresse pour verrouiller le TSGP face à Pékin et Moscou.
















