L’Office national des statistiques (ONS) a publié son dernier rapport sur l’inflation en Algérie, affirmant que le taux annuel avait ralenti à 1,5 % fin novembre 2025, contre 1,7 % en octobre. Si les chiffres officiels traduisent un ralentissement global des prix, certaines hausses ciblées continuent de peser sur le pouvoir d’achat des ménages, en particulier sur les biens manufacturés et certains produits alimentaires stratégiques.
Pourtant, selon Belkacem Boukhrouf, économiste reconnu, ces chiffres ne reflètent pas fidèlement la réalité vécue par les citoyens. « Tout s’explique. Le rapport évoque la variation de l’indice général des prix, qui est un indicateur calculant le coût d’un panier fixe de produits acquis par un ménage moyen, mais il n’évoque pas l’inflation mesurée à partir des pourcentages de variation des IPC sur une période donnée », explique-t-il. Pour Boukhrouf, les données de l’ONS présentent des limites méthodologiques sérieuses, notamment l’usage d’une année de référence ancienne : « Le rapport indique que son année de référence est 2001, ce qui nécessite une actualisation pour se mettre en harmonie avec les niveaux réels des prix des biens et services. »
Inflation annuelle et mensuelle selon l’ONS
Le rapport de l’ONS précise que l’inflation annuelle, calculée entre décembre 2024 et novembre 2025, montre un ralentissement par rapport à la période précédente. La variation des prix en novembre 2025 par rapport à novembre 2024 a enregistré une légère hausse de 0,9 %. Sur le plan mensuel, l’indice brut des prix à la consommation a augmenté de 1,5 % par rapport à octobre 2025, alors qu’une baisse de 0,6 % avait été observée à la même période l’an passé. Cette hausse est principalement imputable aux produits manufacturés (+4,3 %), dont les bijoux et montres ont connu une flambée spectaculaire de 24,7 %, pesant directement sur le budget des ménages.
Du côté des produits alimentaires, les tendances sont contrastées. Les produits agricoles frais ont globalement baissé de 1,3 %, avec des diminutions importantes pour les fruits (-10,7 %), le poulet (-7,0 %), les légumes (-3,9 %) et les œufs (-3,6 %). À l’inverse, certains produits stratégiques comme les pommes de terre (+9,0 %) et la viande rouge (+0,3 %) enregistrent des hausses. Quant aux produits alimentaires industriels, ils sont restés stables, tandis que les services ont connu une légère progression de 0,2 %.
Boukhrouf : un chiffre officiel loin de refléter la réalité
L’économiste Belkacem Boukhrouf insiste sur le fait que le rapport est centré sur la wilaya d’Alger, ce qui « n’est pas représentatif de la morphologie économique globale du pays ». Pour lui, l’indice publié par l’ONS sous-estime l’inflation réelle et ne rend pas compte du pouvoir d’achat effectif des ménages, en particulier dans les wilayas hors capitale où les prix et les coûts de consommation peuvent être plus volatils et plus élevés.
« Le rapport se limite à l’indice général des prix et à un panier fixe. Or, le consommateur algérien fait face à des hausses ciblées, souvent sur des biens de première nécessité, que le chiffre officiel ne capture pas pleinement », souligne Boukhrouf. Selon lui, la méthodologie actuelle empêche d’évaluer correctement l’impact réel de l’inflation sur le budget des ménages, créant un décalage important entre la statistique officielle et la perception économique vécue par les citoyens.
Entre chiffres officiels et perception réelle
En conclusion, le rapport de l’ONS montre un ralentissement global de l’inflation à 1,5 %, mais cette statistique, centrée sur un panier fixe et sur la capitale, ne reflète pas pleinement les tensions économiques ressenties par les ménages. Selon Belkacem Boukhrouf, pour évaluer véritablement le pouvoir d’achat et la réalité de l’inflation, il serait nécessaire de réviser la méthodologie, d’actualiser l’année de référence et d’élargir l’échantillon aux différentes régions du pays.
Entre les chiffres officiels et les analyses critiques d’experts comme Boukhrouf, une certitude émerge : les Algériens continuent de ressentir la pression des prix, et les indicateurs statistiques officiels nécessitent d’être complétés pour mieux représenter la réalité économique du terrain.
















