Les discussions ne sont pas nouvelles. Depuis plus d’un an, Alger et Copenhague multiplient les signaux positifs autour d’un rapprochement stratégique dans le domaine des énergies renouvelables. Pourtant, sur le terrain, les annonces tardent encore à se matérialiser. La récente série de rencontres entre responsables algériens et danois remet aujourd’hui ce dossier au centre de l’agenda diplomatique, avec une question centrale : cette nouvelle approche sera-t-elle enfin réalisable ?
Une nouvelle approche algéro-danoise dans les énergies renouvelables
La première réunion officielle entre l’ambassadrice du Danemark en Algérie, Katrine From Høyer, et le ministre de l’Énergie et des Énergies renouvelables, Mourad Adjal, marque une nouvelle étape symbolique. Selon un communiqué de l’ambassade, cette rencontre, tenue il y a quelques jours à Alger, a permis d’explorer « les domaines de collaboration potentiels dans le secteur des énergies renouvelables, notamment la transition énergétique, l’énergie éolienne, la biomasse, l’hydrogène vert et l’efficacité énergétique ».
Le message est clair, les deux pays veulent passer d’un dialogue d’intention à une coopération structurée. « L’Algérie dispose d’un énorme potentiel en matière d’énergies renouvelables et nourrit de grandes ambitions pour assurer une transition verte réussie », souligne l’ambassade danoise, rappelant que la transition énergétique est aussi « une priorité majeure au Danemark ».
Les deux parties ont réaffirmé leur volonté de renforcer la coopération bilatérale, en mettant en avant un cadre juridique algérien désormais plus incitatif pour l’investissement étranger.
Pourquoi le Danemark s’intéresse au marché algérien
L’intérêt danois pour l’Algérie n’est ni conjoncturel ni opportuniste. Il repose sur une lecture stratégique du marché énergétique algérien. Avec son vaste territoire, son ensoleillement exceptionnel et ses couloirs de vent encore peu exploités, l’Algérie offre un potentiel rare en Méditerranée et en Afrique.
Déjà en discussion depuis l’an dernier, cette coopération vise à combiner ressources naturelles algériennes et expertise technologique danoise. Les entreprises danoises, particulièrement actives dans l’éolien et l’hydrogène vert, voient dans l’Algérie un futur hub énergétique régional, capable d’alimenter à la fois le marché local et, à terme, les marchés européens.
Noureddine Yassaâ, Secrétaire d’Etat auprès du ministre de l’Energie chargé des Energies renouvelables, a d’ailleurs déjà insisté sur « l’ouverture totale du secteur à la coopération bilatérale », mettant en avant les nouvelles facilités réglementaires adoptées pour sécuriser les partenariats stratégiques. Une manière de rassurer des investisseurs encore prudents après des années d’annonces sans suites concrètes.
L’expérience danoise : un leadership mondial difficile à ignorer
Si le Danemark suscite autant d’intérêt, c’est avant tout pour son avance incontestable dans l’énergie verte. En 2024, 88,4 % de sa production d’électricité provenait des énergies renouvelables, un record en Europe. L’éolien, pilier du modèle danois, représente à lui seul 57 à 59 % de l’électricité nationale, avec une capacité installée de 1 257 watts par habitant, plaçant le pays parmi les leaders continentaux.
Au total, le Danemark dispose de 13,5 GW de capacités renouvelables, avec une progression rapide du solaire, qui atteint déjà 11,2 % de l’électricité produite, pour une puissance installée de 4,8 GW attendue en 2025. Résultat : le pays vise 100 % d’électricité renouvelable dès 2030 et la neutralité carbone en 2045.
Sur le plan économique, le modèle est parlant : en 35 ans, le Danemark a réduit ses émissions de CO₂ de 48 %, tout en enregistrant une croissance du PIB de 76 %. Une trajectoire qui renforce sa crédibilité auprès de partenaires comme l’Algérie.
Reste désormais à transformer cette convergence d’intérêts en projets concrets. Car si la volonté politique semble alignée, le véritable test se jouera sur le terrain, là où les promesses doivent enfin devenir des mégawatts, des emplois et des investissements durables.
















