Algérie : l’idée de recourir par anticipation au FMI se construit des arguments à contre-courant

Algérie : l’idée de recourir par anticipation au FMI  se construit des arguments à contre-courant
Les prévisions du FMI pour l'Algérie prévoient une chute de la croissance en 2017.

La chronique hebdomadaire de El Kadi Ihsane sur El Watan dévoile un débat surprenant non encore public sur comment engager les réformes qui éviteront à l’Algérie une nouvelle trappe économique. 

 

L’Algérie devrait frapper à la porte du FMI tout de suite pendant qu’elle est encore debout. C’est une idée audacieuse. Elle circule au sein d’un des think-tanks algériens qui travaille sur l’économie et la société. Elle procède d’un postulat implicite. Sans contrat de dette avec une institution multilatérale point de réforme de modernisation de l’économie. Double objectif. Redresser le nez de sur le court terme budgétaire pour regarder un horizon de moyen terme préoccupant. Eviter d’arriver en 2021-2022 devant le FMI en situation d’Etat défaillant. Avec l’implication que cela entraine sur la dureté de l’ajustement.

Il existe bien sur un autre chemin vers la modernisation, celui de l’auto-réforme. Pas à l’ordre du jour sous le ticket Bouteflika-Ouyahia reconstitué. Celui qui a gouverné plus de 7 ans des 18 dernières années. Il est urgent d’agir. Autant aller plus vite vers la contrainte extérieure. L’idée suggérée au débat serait d’emprunter une dizaine de milliards de dollars au FMI en soutien à « la restructuration » de la  balance des paiements, répartis sur les cinq – sept prochaines années en contre partie d’une feuille de route de réforme de structure qui doperait la performance de l’investissement en condition de marché en Algérie. Techniquement, le risque de l’endettement excessif, serait selon cette proposition, largement soutenable.

Les politiques d’accommodement monétaire des banques centrales  occidentales resteront encore en place longtemps et le redressement des taux d’intérêt va s’étaler dans une longue durée.  Autre argument, la négociation des conditionnalités : elle sera plus aisée et permettrait un  lissage des effets de réforme mieux maitrisé. Exemple, la suppression du renflouement des entreprises publiques sans marché,  se négocierait selon un agenda socialement plus acceptable. La fonction stratégique d’un tel recours par anticipation au FMI serait de mettre l’économie algérienne sous contrainte extérieure positive. Elle obligerait les prochains gouvernements à agir comme si le pays était déjà en situation d’insolvabilité de sa balance des paiements. Mais « avec la tête haute » car ce ne serait pas vraiment le cas. Les Algériens pourraient alors choisir « leurs engagements » pour ajuster leur économie, plus librement que dans le cas ou c’est le FMI qui les dicterait selon la liste standard bien connu, même si elle a été actualisée depuis 1994.

  Les institutions financières internationales vont elles prêter à un pays qui n’est pas encore en situation de déficit de sa balance des paiements ?  Il y’a des points de vue contradictoires dans le débat en cours. L’idée est de ne pas attendre de devoir à aller sur le marché financier pour financer le trou qui se prépare dans les échanges de l’Algérie avec le reste du monde. Ahmed Benbitour pense que l’Algérie n’arrivera pas à lever de fonds dans ce cas. Pas d’actifs solvables à mettre sur la table pour rembourser à moyen-long terme, selon lui. Seuls les crédits commerciaux de courts termes resteraient disponibles. Ceux là même qui ont aggravé la situation du pays entre 1986 et 1990. 

Le recours au FMI dès 2018 permettrait donc de ne pas avoir à jauger sa signature de marché au moment le plus névralgique ou les réserves de change viendraient à flirter avec le zéro en 2020. L’idée qui agite ce think-tank va bien sur à contre courant de la doxa officielle, qui lie la souveraineté politique au désendettement. C’est son côté irréaliste. Donc innovant. Elle propose de faire de l’endettement sous contrainte de macro-ajustement modernisant un moteur de la réforme. Sans lequel rien de sérieux ne se passerait. Jusqu’au prochain collapse. Qui donc sous Bouteflika IV pour vendre politiquement le retour anticipé au FMI comme un booster de la diversification ?   

Le pétrole à 60 dollars mais encore… 

Le passage du prix du pétrole au dessus des 60 dollars cette semaine a peu de chances de changer la perception du risque algérien du collapse.  Pour deux raisons au moins. La première est liée à la nouvelle structuration du marché pétrolier mondial qui fait du pétrole de schiste américain sa nouvelle variable d’ajustement. Rôle historique dévolu à l’OPEP et à ses gros producteurs. La production américaine s’est redressée en 2017 et les exportations additionnelles vont venir gonfler les stocks mondiaux durant les prochains mois.

Les 60 dollars atteints cette semaine paraissent pour la plupart des observateurs comme un seuil haut difficile à tenir en l’absence d’un redémarrage brutal de la consommation mondiale d’énergie carbone. A 60 dollars le baril, les exportations algériennes resteront dans les frontières des 30-35 milliards de dollars de revenus par an. Donc toujours sur le chemin du choc externe avec un déficit rampant de la balance des paiements.  Pourquoi ?  C’est ici qu’intervient la 2e raison du maintien de la prospective négative sur le risque algérien. L’accroissement de la consommation domestique de pétrole est astronomique. Elle annule tout effet prix à moyen terme. C’est le ministre algérien de l’Energie qui s’est chargé de le rappeler cette semaine. La consommation domestique de pétrole a doublé entre 2010 et 2017. Les réformes de structure qu’un prêt FMI peut imposer à l’Algérie ? Elles sont à chercher de ce côté là. Et c’est une urgence.

 

 

 

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