La tendance s’est dessinée au premier semestre 2025 : l’Algérie replonge dans le rouge sur sa balance des paiements.
Les estimations des organismes internationaux et les indicateurs fragmentaires publiés par la Banque d’Algérie convergent vers un déficit du solde de la balance de paiements pouvant dépasser les 10 de dollars d’ici la fin de l’année.
Face à cette spirale, le ministre du Commerce extérieur, Kamel Rezig, a enclenché une batterie de mesures drastiques pour freiner les sorties de devises : contrôles administratifs renforcés, autorisations préalables sur les importations et exigences bancaires rigides pour les opérateurs. Une réponse jugée brutale par les opérateurs qui va bien au-delà des réflexes déjà adoptés lors de précédents épisodes de déséquilibres extérieurs.
Des chocs récurrents depuis 1995
Ce n’est pas la première fois que l’économie algérienne se heurte à une brutale poussée déficitaire. Depuis la sortie du plan d’ajustement structurel du FMI en 1995, plusieurs épisodes sont venus rappeler la vulnérabilité structurelle d’une économie trop dépendante des hydrocarbures.
Dès 1998-1999, l’effondrement du baril à une dizaine de dollars a creusé le solde extérieur, dans un contexte de réserves encore fragiles. L’épisode fut bref, mais révélateur. Plus marquant encore, la crise de 2009 déclenchée par l’onde de choc des subprimes aux États-Unis : le baril s’effondre à 32 dollars, la demande mondiale recule, et l’Algérie enregistre un déficit de près de 6 milliards de dollars.
Le gouvernement d’Ahmed Ouyahia choisit alors une réponse musclée : restriction par la loi de finances complémentaire, obligation du crédit documentaire, domiciliation bancaire systématique des importations, et introduction de la règle du 49/51 qui limitait la part étrangère dans les IDE. Cette réponse était alors jugée inflationniste, excessive et inadaptée par notamment le Forum des chefs d’entreprises (FCE) puissante organisation patronale de l’époque.
Quelques années plus tard, la chute des prix du pétrole à partir de 2014 plonge à nouveau le pays dans une zone de turbulence. Le gouvernement d’Abdelmalek Sellal fait alors face au plus grand déficit de balance des paiements de l’histoire récente : 27 milliards de dollars en 2015, puis encore 26 milliards en 2016.
Pour freiner l’hémorragie, il opte certes pour des restrictions commerciales, mais aussi pour des mesures budgétaires internes : réduction drastique des dépenses d’équipement, dépréciation contrôlée du dinar. . Le gouvernement Sellal élargit le débat national sur la crise au sein de la tripartite sociale et se fait aider par une task force d’experts pour maîtriser la politique budgétaire.
Trois réponses aux déséquilibres : 2009, 2015-2016 et 2025
La comparaison des trois épisodes met en lumière une différence de stratégie. En 2009, l’Algérie pouvait compter sur d’importantes réserves (plus de 140 milliards de dollars) et choisit un arsenal défensif centré sur le commerce extérieur et l’encadrement des IDE. L’ajustement budgétaire interne fut limité, car l’État voulait préserver la dépense publique pour amortir le choc social.
En 2015-2016, le déficit colossal oblige Sellal à aller beaucoup plus loin. Aux restrictions commerciales s’ajoutent une vraie cure d’austérité budgétaire et un début de remise en cause du système de subventions. La dépréciation du dinar est assumée, permettant de renflouer partiellement le Trésor en dinars et de rendre les importations plus coûteuses. Cette combinaison visait à partager l’effort entre l’ajustement externe et interne.
En 2025, le gouvernement de Kamel Rezig reprend la voie d’un contrôle sévère des importations. Déclarations anticipées, quotas et interdictions frappent à nouveau les opérateurs. Le discours officiel évoque la « substitution aux importations » et la « diversification des exportations », mais peu de mesures structurelles accompagnent cette rhétorique.
Contrairement à 2015, aucune réforme budgétaire d’envergure n’est engagée et les déficits internes continuent de s’accumuler. La dépréciation du dinar, quant à elle, reste officieusement visible sur le marché parallèle, mais elle n’est pas assumée dans le taux officiel qui demeure relativement stable face à l’euro au cours des huit premiers mois de l’année.
Une réponse monolithique qui révèle un affaiblissement stratégique
C’est là que réside la spécificité de 2025. Alors que le déficit attendu (10 à 15 milliards USD) reste inférieur à celui de 2015, la réponse du gouvernement apparaît plus brutal et plus monolithique. Tout l’effort d’ajustement repose sur un instrument unique : la compression administrative des importations.
En comparaison, la crise de 2015-2016, bien plus grave, avait été affrontée par un panel de mesures : restrictions externes, ajustement budgétaire, dépréciation monétaire et réduction progressive des subventions.
En 2025, rien de tel. Les déficits internes sont laissés intacts, les transferts sociaux inchangés, et les réserves de change servent encore de tampon, bien que réduites. L’absence de stratégie d’ajustement équilibrée révèle une perte de repères : l’État reproduit les réflexes de 2009, alors que l’ampleur de la dépendance aux hydrocarbures aurait exigé une approche plus cohérente et diversifiée.
En misant exclusivement sur des mesures bureaucratiques de restriction, le gouvernement risque de fragiliser davantage le tissu productif et de créer un climat de défiance parmi les investisseurs. La comparaison avec 2009 et 2015-2016 illustre ainsi la tendance inquiétante de 2025 : une gestion réactive, mais sans vision, qui traduit le désarroi face à un déséquilibre extérieur récurrent.