Les agences de voyages algériennes font face à un bouleversement sans précédent de leur modèle économique depuis quelques semaines. En effet, une nouvelle réglementation encadre strictement les séjours vers la Tunisie depuis le début de ce mois de janvier. Cette situation impacte lourdement les professionnels du secteur, dont beaucoup voient leur survie menacée. Face à cette crise, une seule issue semble se dessiner : la promotion intensive du tourisme interne.
Les nouvelles conditions d’organisation des voyages vers la Tunisie ont agi comme un véritable coup d’arrêt. Désormais, les prestataires doivent répondre à des critères techniques et administratifs extrêmement rigoureux. Parmi les mesures phares, l’obligation d’utiliser des bus de moins de 10 ans et la mobilisation systématique de deux chauffeurs par véhicule alourdissent considérablement les coûts opérationnels.
De plus, les agences de voyages doivent désormais communiquer la liste des passagers au moins 15 jours avant la date du départ. Enfin, une restriction majeure limite chaque bus remplissant les conditions requises à un seul voyage tous les 30 jours. Ces contraintes logistiques ont provoqué une chute brutale de l’activité. Certaines agences, qui dépendaient quasi exclusivement de la destination tunisienne, affichent aujourd’hui une baisse de chiffre d’affaires supérieure à 80 %.
La fronde laisse place à l’adaptation
Au début du mois de janvier, la colère a éclaté chez les professionnels. Les gérants de ces structures ont manifesté pour dénoncer des mesures jugées « asphyxiantes », notamment dans la wilaya de Constantine. Cependant, malgré les protestations, la réglementation reste strictement en vigueur. Les professionnels du secteur ont donc compris qu’il fallait rapidement changer de stratégie pour ne pas mettre la clé sous la porte.
Par conséquent, les réseaux sociaux sont aujourd’hui inondés de nouvelles offres. Les agences de voyages réorientent massivement leur marketing vers la découverte du patrimoine national. Ce basculement vers le tourisme domestique n’est plus un simple choix secondaire, mais une véritable stratégie de survie face à un marché traditionnel devenu inaccessible.
Le tourisme interne : l’ultime alternative
Le territoire algérien devient désormais le nouveau terrain de jeu des voyagistes. Les destinations se multiplient pour séduire une clientèle locale habituée aux séjours transfrontaliers. Le Grand Sud, avec ses paysages mystiques, Ghardaïa, la Casbah d’Alger, ou encore les côtes de Bejaïa et d’Oran figurent désormais en tête d’affiche des nouveaux catalogues.
Un gérant d’agence témoigne de cette mutation profonde : « Le tourisme interne est aujourd’hui la seule alternative qui nous reste pour continuer d’exister après l’application des restrictions vers la Tunisie. » Toutefois, ce virage stratégique se heurte à des réalités structurelles majeures. Si la volonté des agences de voyages est bien réelle, les infrastructures nationales doivent encore suivre la cadence.
Les défis de l’hébergement en Algérie
Le passage au « tout Algérie » révèle des failles importantes dans la chaîne touristique. En effet, les capacités d’accueil actuelles des hôtels et des centres d’hébergement ne permettent pas de répondre à l’explosion soudaine de la demande nationale. Le manque de lits disponibles crée une tension permanente sur les réservations, surtout durant les périodes de vacances.
En outre, la question de la compétitivité reste centrale pour les professionnels. Pour que le tourisme domestique s’installe durablement, les gérants insistent sur la nécessité d’augmenter les capacités d’accueil. Ils appellent également à une amélioration globale des services et à une révision des tarifs pratiqués. Le développement futur des agences de voyages dépendra désormais de la capacité du pays à offrir une alternative de qualité à la destination tunisienne.
















