Le secteur du tourisme traverse une zone de fortes turbulences en Algérie. Mercredi dernier, la ville de Constantine a été le théâtre d’une action de protestation inédite. Plusieurs responsables d’agences de voyages et de tourisme ont organisé un sit-in imposant avec leurs bus. Ils expriment ainsi leur opposition frontale aux dernières mesures prises par le ministère des Transports. Ces professionnels demandent l’annulation pure et simple d’une réglementation qu’ils jugent suicidaire pour leur profession.
Un blocage total de l’activité vers la Tunisie
D’après les manifestants, ces nouvelles dispositions bloquent complètement l’organisation des séjours vers la Tunisie. Or, cette destination représente la part du lion de leur chiffre d’affaires annuel. La suspension de cette activité vitale menace directement la survie de nombreuses structures locales. Les gérants sont formels : le maintien de ces conditions les conduira inévitablement à déposer le bilan. Cela entraînerait la perte de milliers d’emplois et une baisse importante des recettes fiscales pour l’État.
Les nouvelles conditions, entrées en vigueur au début du mois de décembre, imposent des contraintes techniques drastiques. Désormais, chaque agence de voyages doit utiliser un bus âgé de moins de 10 ans pour les trajets vers la Tunisie. De plus, chaque véhicule n’est autorisé à effectuer qu’un seul voyage par mois. Le ministère exige également la présence de deux conducteurs par trajet.
Cependant, ces exigences sont jugées impossibles à satisfaire sur le terrain. En raison du blocage des importations depuis plusieurs années, le marché local manque cruellement de bus récents. Par ailleurs, l’obligation d’engager deux chauffeurs fait exploser les charges d’exploitation. Cela devient insupportable pour les petites et moyennes structures.
La nouvelle réglementation ne s’arrête pas aux contraintes techniques du matériel. Elle impose aussi des procédures administratives très lourdes. L’agence de voyages doit désormais déposer une demande d’autorisation quinze jours au moins avant le départ. Cette demande doit obligatoirement inclure la liste complète et définitive des voyageurs.
Les professionnels considèrent cette exigence comme beaucoup trop sévère pour le secteur. En pratique, il est impossible de ne pas modifier une liste de passagers deux semaines à l’avance. Ces délais rigides rendent l’organisation des voyages collectifs quasiment irréalisable au quotidien.
La lutte contre le détournement de l’allocation touristique
Il faut rappeler que ces modifications interviennent dans un contexte de régulation financière. Les autorités ont durci les règles pour lutter contre le détournement de l’allocation touristique de 750 euros. L’État souhaite s’assurer que cette somme sert réellement au tourisme et non à d’autres fins commerciales.
Toutefois, les agences de voyages estiment qu’elles sont les victimes collatérales de cette lutte. Elles appellent donc le ministère à revoir sa copie pour sauver un secteur déjà très fragilisé. La balle est désormais dans le camp des autorités pour instaurer un dialogue constructif avec les partenaires sociaux.

















