Le paysage de la restauration universitaire en Algérie connaît un tournant historique. En écartant définitivement les opérateurs privés de la fourniture des denrées alimentaires, l’État réaffirme sa souveraineté sur ce secteur sensible. Ce retour au monopole public, effectif depuis le 1er janvier 2026, vise à éradiquer les pratiques opaques qui ont longtemps pénalisé les étudiants à travers le pays.
Pour comprendre cette décision, il faut analyser l’échec de la privatisation amorcée au milieu des années 1990. À l’époque, l’ouverture du marché au secteur privé devait moderniser la gestion des cantines. Cependant, l’expérience a rapidement tourné au fiasco. Ce choix a favorisé l’émergence de réseaux occultes qui ont pris le contrôle de ce marché juteux au détriment de l’intérêt général.
Au fil des décennies, les étudiants et la presse nationale ont multiplié les alertes. Des pratiques illégales et de lourds soupçons de corruption entachaient régulièrement les procédures d’attribution des marchés locaux. Entre détournements de marchandises et baisse drastique de la qualité des repas, le modèle privé a fini par sacrifier le bien-être des étudiants au profit de gains financiers illicites.
Un retour stratégique au modèle de l’économie dirigée
Face à l’urgence, les pouvoirs publics ont choisi de revenir au modèle appliqué durant la période de l’économie dirigée. Le nouveau mécanisme, piloté par l’Office national des œuvres universitaires (ONOU), repose sur une exclusion totale des intermédiaires privés. Désormais, l’Office signe des contrats directs avec des entreprises publiques économiques pour nourrir près d’un demi-million d’étudiants dans les 423 résidences du pays.
Selon le directeur général de l’ONOU, Adel Mezough, cette centralisation s’appuie sur six géants étatiques :
- ALVIAR assure l’exclusivité des viandes rouges.
- L’ONAB se charge de la fourniture en viandes blanches.
- SARPA livre les fruits et légumes frais.
- GIPLAIT garantit l’approvisionnement en lait et dérivés.
- FRIGOMEDIT sécurise la chaîne du froid et le stockage.
- Epe Dicopa gère la distribution des produits alimentaires généraux.
Transparence et rationalisation des dépenses publiques
L’exclusion du privé permet avant tout une rationalisation des dépenses publiques. En traitant directement d’État à État, l’ONOU élimine les marges excessives et les risques de surfacturation. Ce verrouillage des circuits garantit une traçabilité totale des produits, de la ferme publique jusqu’au plateau de l’étudiant.
Pour l’Office, l’objectif est d’assurer une régularité parfaite et une qualité supérieure des prestations. En réhabilitant ce service public, les autorités souhaitent mettre fin aux scandales alimentaires et restaurer la confiance de la communauté universitaire. Cette réforme marque la volonté de l’Algérie de protéger son budget social tout en garantissant une dignité retrouvée dans les assiettes des résidences universitaires.
















