Algérie, que faire avec les 3e réserves de gaz de schiste au monde ?

Algérie, que faire avec les 3e réserves de gaz de schiste au monde ?

Les contrats que Sonatrach négocie avec ExxonMobil et Chevron depuis plus d’un an sont prêts, ou presque. Ils butent sur une ultime condition : une décision politique claire. Le pouvoir algérien, lui, continue d’hésiter.

Doit-on exploiter notre immense potentiel de gaz de schiste — le troisième au monde avec 20 000 milliards de m³ — pour enrayer le déclin désormais avéré du gaz conventionnel ? Ou au contraire, doit-on tourner la page du tout-gaz, refuser cette voie contestée et miser, une fois pour toutes, sur le soleil dont regorge le pays ?

Derrière cette alternative technique, c’est une question stratégique et historique qui se pose. L’Europe, en rupture avec le gaz russe, est en train de redessiner sa carte énergétique. Ceux qui occuperont les vides créés aujourd’hui seront les fournisseurs incontournables de demain. Rater ce tournant, c’est peut-être s’effacer durablement du marché.

Pour l’heure, le pays semble englué entre l’urgence énergétique et une transition trop lente pour offrir une issue crédible. Hassi R’mel, gisement central de notre système gazier, a vu passer 80 % de ses réserves récupérables. La production, qui avoisine les 137 milliards de m³ par an, est sous pression. Et la demande intérieure explose : climatiseurs, transports, électrification rurale, industrie — toutes les courbes montent.

Si rien ne change, la part du gaz disponible pour l’export se réduira mécaniquement à  la portion congrue. Or, l’Algérie n’a pas encore atteint 1 GW de capacité solaire installée. Peut-être en 2025, après plusieurs retards. La perspective d’un basculement vers le renouvelable est donc réelle, mais encore lointaine. C’est ici que le gaz de schiste revient dans le débat, non pas comme une solution évidente, mais comme une hypothèse que certains jugent incontournable — et que d’autres contestent farouchement.

C’est précisément cette tension qu’il faudrait porter dans un vrai débat public. Car ce qui manque, ce n’est pas l’information technique ou les projections de production. C’est le dialogue. Depuis les protestations d’In Salah en 2015, rien n’a été fait pour apaiser, ni pour expliquer.

Les habitants ont crié leur légitime inquiétude face à un projet opaque menaçant leur nappe phréatique — et ils n’ont reçu que du silence en retour. Les garanties environnementales existent-elles ? Peut-on concilier exploitation et préservation ? Quels ajustements législatifs faudrait-il voter pour rendre acceptables ces projets ?

Toutes ces questions restent confinées aux cercles fermés de l’exécutif. Un choix aussi lourd ne peut plus se trancher dans le huis clos technocratique. Le risque n’est pas seulement de mal décider. Le vrai danger, c’est de décider trop tard. Dans un sens comme dans l’autre.

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