Les relations entre l’Algérie et la France amorcent-elles un début d’apaisement après plus d’un an et demi de tensions diplomatiques ? Selon des informations du magazine « Jeune Afrique », l’ambassadeur de France à Alger, Stéphane Romatet, devrait prochainement regagner son poste dans la capitale algérienne. Si ce retour venait à être confirmé officiellement, il marquerait un premier geste d’apaisement susceptible de tourner la page d’une crise diplomatique particulièrement longue entre les deux pays.
Un retour qui pourrait clore plus d’un an et demi de crise
Le retour annoncé du diplomate français intervient après une période de fortes turbulences dans les relations bilatérales. L’ambassadeur avait quitté Alger en avril 2025 à la demande du président français Emmanuel Macron, dans un contexte de crispation extrême entre Paris et Alger. À l’origine de cette crise: la décision de Paris, à l’été 2024, de soutenir le plan d’autonomie proposé par le Maroc pour le Sahara occidental. Cette position a profondément irrité Alger, soutien historique du Front Polisario, qui considère ce territoire comme une question de décolonisation. A ce désaccord géopolitique se sont greffés au fil des semaines de nombreux contentieux politiques et judiciaires, alimentant une spirale de tensions.
Parmi les épisodes les plus marquants figure l’affaire de l’écrivain franco-algérien Boualem Sansal, dont l’arrestation à l’automne 2024 a suscité de vives réactions en France et en Algérie et a accentué la crispation politique entre les deux capitales. L’écrivain, libéré après l’intercession du président allemand, avait remis en cause, dans un entretien à un magazine d’extrême droite, l’appartenance à l’Algérie de nombreuses régions de l’ouest.
À cela se sont ajoutées les expulsions de diplomates de part et d’autre, signe d’une relation diplomatique profondément détériorée. Le climat s’est également tendu autour des questions migratoires, notamment les obligations de quitter le territoire français (OQTF) visant des ressortissants algériens, régulièrement au cœur de débats politiques en France et perçues à Alger comme un sujet sensible.
Un autre épisode a contribué à détériorer davantage l’atmosphère : l’affaire impliquant le cyberactiviste Amir DZ et un responsable du consulat d’Algérie en France, qui a donné lieu à une polémique politico-judiciaire particulièrement médiatisée.
Une crise amplifiée par les tensions médiatiques
Alors que les observateurs spéculaient sur un hypothétique réchauffement de la relation après la mise à l’écart de Bruno Retailleau, partisan d’une ligne dure à l’égard d’Alger et qui cristallisait la rancœur des autorités algériennes, la crise diplomatique s’est encore aggravée récemment après la diffusion d’une enquête dans l’émission « Complément d’enquête » sur la chaîne publique France 2, consacrée aux tensions franco-algériennes. Dans cette émission, l’ambassadeur Stéphane Romatet revenait notamment sur la décision prise par Emmanuel Macron de soutenir le plan marocain pour le Sahara occidental.
La réaction d’Alger fut particulièrement virulente. Les autorités algériennes ont dénoncé un « tissu de contre-vérités », qualifiant l’enquête de « véritable agression contre l’État algérien, ses institutions et ses symboles ». Dans ce contexte extrêmement tendu, la présence du diplomate français à Alger était devenue politiquement difficile, conduisant à son départ.
Des relations diplomatiques quasiment gelées
Au fil des mois, la crise a conduit à un quasi-gel des canaux de coopération bilatérale. Les échanges diplomatiques ont été réduits au strict minimum et plusieurs domaines de coopération ont été affectés.La coopération sécuritaire et le dialogue entre services de renseignement, traditionnellement importants dans la relation franco-algérienne, ont notamment été fortement ralentis. Plusieurs responsables français ont reconnu publiquement que les canaux d’échanges étaient largement paralysés. Le ministre français de l’Intérieur Gérald Darmanin avait ainsi évoqué une coopération devenue « très difficile » dans ce contexte de tensions diplomatiques.
Des répercussions économiques tangibles
La crise ne s’est pas limitée au domaine politique. Elle s’est également répercutée sur les échanges économiques entre les deux pays, pourtant traditionnellement importants.
La France demeure l’un des principaux partenaires commerciaux de l’Algérie, mais certains flux commerciaux ont été affectés par le climat politique. Les exportations françaises de blé, dont la France était historiquement l’un des premiers fournisseurs de l’Algérie, ont ainsi connu un net recul ces dernières années. Alors qu’elles dépassaient régulièrement 4 à 5 millions de tonnes par an, la part française a fortement diminué au profit d’autres fournisseurs, notamment la Russie. Plus globalement, les entreprises françaises présentes en Algérie ont évolué dans un climat d’incertitude diplomatique qui a pesé sur certains projets économiques.
Dans ce contexte, la perspective d’un retour de l’ambassadeur français apparaît comme un signal d’apaisement inattendu. Ce possible dégel intervient dans le sillage de la visite à Alger du ministre français de l’Intérieur Laurent Nuñez, les 16 et 17 février derniers.
Lors de ce déplacement, le ministre français s’est entretenu avec le président algérien Abdelmadjid Tebboune. Selon Jeune Afrique, la question du retour de Stéphane Romatet figurait parmi les sujets abordés. Le chef de l’État algérien aurait assuré que le diplomate français pouvait reprendre ses fonctions à Alger. Cette évolution intervient également dans un moment politique particulier en Algérie, marqué par l’adoption par le Parlement d’une loi criminalisant la colonisation française. Toutefois, le texte final a été expurgé des dispositions les plus sensibles, notamment celles qui exigeaient explicitement des excuses officielles de la France et des réparations, ce qui a été interprété par certains observateurs comme un signal d’apaisement.
Un apaisement sans normalisation
Pour autant, ce retour éventuel de l’ambassadeur ne signifie pas nécessairement un retour à la normalité dans la relation franco-algérienne. Les sujets de friction restent nombreux : différends géopolitiques autour du Sahara occidental, contentieux mémoriels liés à la colonisation, questions migratoires et tensions médiatiques récurrentes.
Ainsi, si la reprise du dialogue diplomatique constitue indéniablement un premier geste de détente, elle ne suffit pas à effacer les profondes divergences qui continuent de structurer la relation entre Alger et Paris. Plus qu’une normalisation, ce possible retour de l’ambassadeur apparaît donc comme une tentative pragmatique de rétablir des canaux de communication, après une période où la relation bilatérale semblait au point mort. Le chemin vers une véritable normalisation reste, lui, encore long et semé d’incertitudes.
















