Assurance : Un potentiel de 7 milliards inexploité malgré un marché en progression de 4,9%

Photo assurances

Le secteur des assurances en Algérie peine à décoller. Avec un taux de pénétration inférieur à 1% du PIB, il reste loin de la moyenne mondiale établie à 6,8%. C’est ce que révèle un récent rapport de l’agence de notation américaine AM Best, qui souligne néanmoins les nombreux atouts dont dispose le pays pour développer ce marché et exploiter un potentiel estimé à 7 milliards de dollars.

Selon l’étude “Algeria’s Insurance Market Primed for Growth and Expansion” publiée début avril 2025, le secteur se remet progressivement de la contraction des primes observée pendant la pandémie. L’agence note plusieurs facteurs qui distinguent positivement le marché algérien par rapport à d’autres pays de la région MENA.

L’assurance générale demeure le moteur principal des primes directes souscrites, portée notamment par l’assurance des biens et l’automobile. Ce dernier segment représente d’ailleurs plus de 59% du total des primes d’assurance générale en 2023. Le développement des véhicules électriques devrait renforcer cette tendance dans les années à venir.

Plusieurs évolutions positives émergent dans le secteur. La numérisation des services d’assurance progresse, tandis que des mises à jour réglementaires sont en cours. Le développement de l’assurance agricole prend également forme, tout comme la création d’un cadre légal pour l’assurance conforme à la charia (takaful).

En décembre 2023, le gouvernement algérien a d’ailleurs proposé une révision de la loi sur les assurances pour moderniser la législation, améliorer la gouvernance et adapter le secteur aux évolutions actuelles.

Une croissance prometteuse malgré une ouverture limitée aux capitaux étrangers

Bien que l’industrie assurantielle ait été ouverte à la concurrence depuis deux décennies, l’afflux d’investisseurs internationaux demeure en deçà des attentes. Néanmoins, les indicateurs économiques récents témoignent d’une évolution favorable pour ce secteur en développement.

Les statistiques publiées fin septembre 2024 révèlent que les compagnies d’assurance opérant sur le territoire algérien ont enregistré des recettes s’élevant à 131,7 milliards DZD, équivalant à près d’un milliard USD. Cette performance représente une amélioration de presque 5% comparativement à l’année précédente. Parallèlement, le volume des polices a connu une expansion significative de 9,5%, portant leur nombre à environ 9,1 millions.

Si l’on regarde les résultats du premier semestre 2024, on constate une tendance encore plus encourageante. Durant cette période, les entreprises du secteur ont accumulé près de 90 milliards DZD (662 millions USD) de revenus, dépassant de 7% les chiffres de 2023. Dans le détail, les contrats traditionnels couvrant propriétés et responsabilités civiles ont généré 74 milliards DZD, soit une progression de 5%. Les branches santé et protection-vie ont suivi un rythme similaire, atteignant 10 milliards DZD. La performance la plus remarquable concerne toutefois les activités de réassurance à l’international, qui ont enregistré une hausse spectaculaire de 51%, culminant à 5,8 milliards DZD.

Structure du marché et tendances émergentes

La structure du marché assurantiel reste caractérisée par une forte concentration sur la protection des biens physiques, qui constitue 84,5% de l’ensemble des contrats. Le segment automobile continue d’occuper une position dominante, captant plus de 50% des cotisations perçues par les assureurs.

Les produits destinés aux particuliers demeurent relativement marginaux, ne représentant qu’environ 11% du marché avec un volume de 14,3 milliards DZD (107 millions USD) pour le troisième trimestre, en modeste augmentation de 4,4%.

Fait notable, l’essor fulgurant des produits d’assurance conformes aux préceptes islamiques. Le takaful a connu une expansion phénoménale, ses souscriptions ayant quadruplé en douze mois pour atteindre 390 millions DZD.

Cela étant, et malgré ces progrès, AM Best identifie plusieurs freins au développement du marché. L’absence d’un cadre de solvabilité basé sur les risques complique la surveillance des défis rencontrés par les assureurs quand ils cherchent à se développer. De plus, la population perçoit souvent l’assurance comme une taxe supplémentaire, ce qui nuit à son adoption.

Yasser K.

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