Autosuffisance en blé dur : Le pari audacieux de l’Algérie pour 2025

L’annonce de la suspension des importations de blé dur dès 2025 n’est pas réellement une surprise. Début septembre, le ministre de l’Agriculture révélait déjà les objectifs de la campagne labours-semailles 2024-2025 : cultiver 1,6 million d’hectares de terres et réaliser l’autosuffisance en blé dur. La question se pose cependant sur les chances de faire aboutir cette politique de sécurité alimentaire.

En préambule à cette démarche, le gouvernement a dégagé en quelques mois plusieurs mesures de soutien et d’encouragement des céréaliculteurs. Outre l’augmentation de la superficie cultivable à 3 millions d’hectares pour l’ensemble des céréales, les agriculteurs peuvent compter sur un appui logistique et matériel pour chaque étape.

D’abord, les subventions des semences ont été augmentées à 50% et les quantités disponibles, des engrais ramenées à 4,2 millions de quintaux. Des plans de renforcement des infrastructures de stockage des céréales sont prévus aussi avec livraison avant récolte. Quant au foncier agricole, le président Tebboune s’est fermement engagé à lui trouver une solution. De fait, un programme est déjà inscrit pour l’aménagement d’un million d’hectares dans les zones du sud d’ici 2028, dont 500 000 hectares pour le blé et l’orge.

Le gouvernement a ainsi jugé qu’en combinant le renforcement logistique aux mesures de soutien financier, il aura réuni les conditions suffisantes à l’autosuffisance en blé dur pour l’année qui vient.

Surmonter les contraintes

En interdisant l’importation de blé dur, l’Algérie doit augmenter sa production de seulement 20%. Dans un délai très court, il faudra atteindre les 30 millions de quintaux nécessaires pour couvrir la demande locale. Et bien que le pays se trouve en haut du classement des producteurs de la région, il était jusqu’à la dernière saison dépendant des importations. En 2023-2024, l’Algérie a importé environ 9 millions de tonnes de blé, dont 1,5 million de tonnes de blé dur.

Pour renverser la situation et pouvoir se passer totalement des apports de l’étranger dans les délais fixés par le président, l’Algérie devra écarter tous les risques inhérents à l’agriculture tout en faisant aboutir sans attendre les réformes promises.

Le résultat de 30 millions de quintaux repose en effet sur une hypothèse optimiste de rendements alors que le pays affiche des rendements moyens inférieurs à ceux de nombreux pays céréaliers et que le climat ne joue pas le jeu.

La réalité du terrain invite à plus de réserve. « L’autosuffisance en blé dur n’est pas impossible. C’est un but que nous avions atteint en 2018. Mais les circonstances sont différentes, notamment pour ce qui est de la pluviométrie », estime un expert, ingénieur en agronomie, contacté par Maghreb Emergent.

D’autres facteurs pourraient contrarier le plan pour 2025. Pour le réaliser, il eut fallu que la campagne labours- semailles soit déjà achevée. Celle-ci n’est même pas lancée dans certaines régions où les pluies se font encore attendre. « À l’ouest, la sécheresse empêche les agriculteurs de semer », poursuit-il. La région en est à sa sixième année de sécheresse. Elle est classée « sinistrée » depuis 3 ans.

Autre paramètre, la promotion de la culture du blé dur est conditionnée par le renforcement de la qualité des semences. Dans les régions du nord, la présente campagne labours-semailles est confrontée à un stress hydrique durable. Les semences doivent donc être améliorées et adaptées à ce nouveau climat. C’est la mission de l’Institut de recherche en agronomie (INRA) mais aussi de l’OAIC en tant que structure de multiplication des semences.

Mais que serait la robustesse des semences sans le savoir-faire des agriculteurs ? Or, affirme notre expert, « ils sont davantage guidés par le souci de l’économie ». Dès la préparation des sols, le rendement est menacé. L’utilisation des outils à disques, plus coûteux, détruit les matières organiques et les appauvrit.

Lors des étapes suivantes, les agriculteurs font mauvais usage des engrais et négligent les traitements antifongiques, toujours par économie et au mépris des recommandations. Les performances des prochains moissons-battages seraient ainsi déjà hypothéquées.

Pourtant, le potentiel existe et la réalisation de l’objectif d’autosuffisance en blé dur ne dépend que de la capacité à surmonter les défis structurels et à mobiliser efficacement les ressources disponibles. Dans quelques années, espèrent les spécialistes.

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