Le président du gouvernement espagnol, Pedro Sánchez, a réaffirmé mercredi l’opposition ferme de l’Espagne à la guerre menée par le président américain Donald Trump et le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu contre l’Iran, relançant le mot d’ordre « Non à la guerre » en référence à la mobilisation de 2003 contre l’intervention en Irak.
Dans une déclaration institutionnelle prononcée depuis le palais de la Moncloa, sans questions de la presse, le chef de l’exécutif espagnol a déclaré que « la position de l’Espagne est la même qu’en Ukraine ou à Gaza : non à la violation du droit international qui nous protège tous. Non au règlement des conflits par les bombes. Non à la guerre ».
Refus d’utiliser les bases de Rota et Morón
La prise de parole de Sanchez intervient après le rejet par Madrid de la demande américaine d’utiliser les bases militaires conjointes de Rota (Cadix) et Morón de la Frontera (Séville) dans le cadre des opérations contre l’Iran. Ces installations, exploitées dans le cadre des accords bilatéraux de coopération en matière de défense, demeurent sous souveraineté espagnole et ne peuvent être engagées dans des opérations combattantes sans l’accord explicite du gouvernement.
L’exécutif espagnol a justifié son refus en invoquant le respect du droit international et l’absence de mandat de l’Organisation des Nations unies pour une telle action. En réaction, le président américain a menacé de « cesser tout commerce » avec l’Espagne et évoqué la possibilité d’un embargo commercial. Le gouvernement espagnol a répondu que toute révision des relations économiques devrait respecter les engagements internationaux et les accords conclus entre Washington et l’Union européenne.
Contexte d’escalade
Cette confrontation diplomatique intervient dans un climat de fortes tensions au Moyen-Orient après les frappes menées samedi par Israël et les États-Unis contre des cibles iraniennes, qui ont entraîné la mort du guide suprême iranien, Ali Khamenei.
Sánchez a établi un parallèle avec l’intervention en Irak de 2003, évoquant « le legs du trio des Açores » et estimant que cette guerre avait contribué à une augmentation du terrorisme, à une crise migratoire et à une instabilité économique durable.
Le « trio des Açores » désigne la réunion tenue le 16 mars 2003 sur l’archipel portugais des Açores entre le président américain George W. Bush, le Premier ministre britannique Tony Blair et le chef du gouvernement espagnol José María Aznar, en présence du Premier ministre portugais José Manuel Durão Barroso.
Ce sommet avait acté l’ultimatum adressé à l’Irak de Saddam Hussein et ouvert la voie à l’intervention militaire lancée quelques jours plus tard, malgré l’absence de mandat explicite du Conseil de sécurité de l’ONU.
Il a affirmé que le gouvernement espagnol rejette à la fois « le régime de l’ayatollah » et le recours à la guerre, se disant attaché à une solution diplomatique. « Certains diront que c’est naïf. Ce qui est naïf, c’est de penser que la violence est la solution », a-t-il déclaré, ajoutant que l’Espagne ne serait « pas complice d’un mal qui nuit au monde par crainte de représailles ».
Position au sein des alliances
Le Premier ministre a insisté sur le fait que l’Espagne, en tant que membre de l’Union européenne et de l’OTAN, est en droit d’exprimer sa position et de réclamer la cessation des hostilités. « Un acte illégal ne saurait justifier un autre », a-t-il affirmé.
S’il a jugé « encore trop tôt » pour mesurer toutes les conséquences du conflit, il a estimé qu’il ne produirait « ni un ordre international plus juste, ni des salaires plus élevés, ni de meilleurs services publics », évoquant en revanche « une plus grande incertitude économique » et une probable hausse des prix du pétrole et du gaz.
















