T.C Ziraat Bankasi vient d’obtenir son agrément pour opérer en Algérie avec un capital de près de 150 millions de dollars. Première banque turque dans le pays, elle porte à 21 le nombre d’établissements agréés, dont 14 à capitaux étrangers.
Ziraat Bankasi suit une logique bien rodée. Fondée en 1863 et forte de plus de 100 milliards de dollars d’actifs, la banque publique turque accompagne depuis plusieurs années l’expansion des entreprises turques à l’international. Sa présence dans une vingtaine de pays épouse généralement celle des groupes turcs actifs dans le BTP, l’agroalimentaire ou le textile. En Algérie, ces secteurs affichent une forte pénétration turque depuis le début des années 2020.
5 milliards de dollars d’échanges en 2024
Les échanges commerciaux entre les deux pays ont franchi la barre des 5 milliards de dollars en 2024, plaçant la Turquie parmi les cinq premiers partenaires commerciaux de l’Algérie. Les entreprises turques, longtemps cantonnées au textile et à l’électroménager, investissent désormais massivement dans les infrastructures, l’industrie pharmaceutique et l’agriculture. Ces investissements se heurtent à un obstacle récurrent, à savoir la difficulté d’accès au crédit local. Les banques algériennes, qu’elles soient publiques ou étrangères déjà installées, peinent à répondre aux besoins de financement des opérateurs étrangers, faute de connaissance des dossiers ou de liens avec les maisons mères.
Ziraat Bankasi vise précisément ce créneau. Spécialisée historiquement dans le financement agricole, elle cible les PME turques implantées en Algérie ainsi que les opérations de commerce bilatéral. Son capital de départ, équivalent à 20 milliards de dinars, lui donne une certaine marge de manœuvre, même si elle démarre avec une taille modeste comparée aux mastodontes publics algériens comme la BEA ou la BNA, qui contrôlent ensemble près de 40 % du marché.
Un positionnement géopolitique assumé
Le timing de cette installation profite d’un contexte géopolitique favorable. Le rapprochement entre Alger et Ankara s’est accéléré ces dernières années, alimenté par des tensions diplomatiques avec le Maroc et un refroidissement relatif des relations avec Paris. La Turquie, qui ambitionne de devenir un acteur incontournable en Afrique du Nord, voit dans l’Algérie un relais stratégique, tant sur le plan économique que politique. L’implantation de Ziraat Bankasi prolonge cette dynamique par le levier financier.
Bousculer les acteurs installés
La banque turque devra se faire une place face à des acteurs solidement implantés. Le Crédit Agricole d’Algérie, Société Générale Algérie, BNP Paribas El Djazaïr, Gulf Bank Algeria, Al Baraka Bank, Arab Banking Corporation Algeria, Arab Bank Algeria, Citibank N.A. Algeria, Natixis Algérie, Trust Bank Algeria, The Housing Bank for Trade and Finance Algeria, Fransabank El Djazaïr, HSBC Algeria, Al Salam Bank Algeria et désormais T.C. Ziraat Bankasi Algeria dominent le segment des banques à capitaux étrangers, avec des réseaux déjà développés et une clientèle locale fidélisée.
Ziraat Bankasi mise sur sa capacité à proposer des financements adaptés au commerce extérieur et à mobiliser rapidement des ressources depuis Ankara pour accompagner des projets d’envergure.
Avec 21 banques agréées, dont 14 à capitaux étrangers, le secteur bancaire algérien affiche une diversité croissante. Cette multiplication des acteurs ne s’est pas encore traduite par une amélioration significative de l’accès au crédit pour les entreprises locales. Ziraat Bankasi devra prouver qu’elle ne vient pas seulement servir les intérêts turcs, mais qu’elle peut contribuer à dynamiser un marché encore largement dominé par les banques publiques
















