L’interdiction du cash, survenant après d’autres directives contestées, apparaît comme la cause la plus visible du limogeage du gouverneur de la Banque d’Algérie. Retour sur une séquence dans laquelle le gouverneur a servi de “fusible” à une politique monétaire devenue illisible.
Le président Abdelmadjid Tebboune a mis fin aux fonctions du gouverneur Salah Eddine Taleb au terme d’un trimestre marqué par des décisions financières qui ont désorienté banques, entreprises et citoyens. Si la communication officielle reste laconique, difficile de ne pas rapprocher ce limogeage de l’annulation, le même jour, de la directive très controversée sur les dépôts en espèces. Cette quasi‑interdiction du cash a été perçue comme l’ultime épisode d’une séquence réglementaire chaotique.
La note, publiée fin décembre, imposait aux banques de restreindre drastiquement les dépôts en numéraire sur les comptes commerciaux, en privilégiant virements et chèques. Les espèces ne devaient plus être acceptées que dans des cas « exceptionnels et dûment justifiés ». Une mesure techniquement intenable dans une économie où le cash reste dominant et où les paiements électroniques demeurent peu développés.
Sans surprise, la directive a suscité confusion et inquiétude. Commerçants et petites entreprises ont dénoncé une décision inapplicable, susceptible de bloquer la trésorerie et de perturber les opérations quotidiennes. Dimanche, la Banque d’Algérie a officiellement fait marche arrière et rétabli la marge d’appréciation des banques fondée sur le profil de risque des clients.
Le limogeage du gouverneur apparaît ainsi comme la sanction “cash” de la quasi‑interdiction du cash. Pour plusieurs observateurs, même si la marge de manœuvre du gouverneur s’est réduite au fil des ans, il était « incompréhensible » de prendre-ou d’accepter de prendre-une mesure aussi manifestement inapplicable.
Le fusible
Cette directive, désormais annulée, intervenait alors que l’institution était déjà sous le feu des critiques pour un durcissement inédit de l’allocation touristique. Les 15 et 16 décembre, deux notes successives avaient profondément modifié les conditions d’accès au droit de change pour les voyages à l’étranger. Le paiement de la contre‑valeur en dinars devait être exclusivement scriptural, le bénéficiaire devait détenir un compte dans la banque dispensatrice, et un séjour minimum de sept jours devenait obligatoire pour conserver l’allocation.
Les contrôles étaient renforcés pour lutter contre la fraude. Dans les faits, ces exigences rendaient l’allocation quasi inaccessible, accentuant le sentiment d’un tour de vis brutal.
Parallèlement, entre octobre et décembre, la Banque d’Algérie avait multiplié les notes techniques fixant les seuils des taux d’intérêt jugés excessifs pour le second semestre 2025 puis pour le premier semestre 2026. Moins visibles pour le grand public, ces textes ont néanmoins contribué à un climat d’incertitude dans le secteur bancaire, où la succession rapide de directives a été perçue comme un manque de visibilité et de cohérence.
Au‑delà des mesures elles‑mêmes, cette séquence met en lumière la perte d’autonomie réelle de la Banque d’Algérie, pourtant dotée d’un statut légal d’indépendance. Dans les faits, le gouverneur vient de servir de “fusible” à des décisions impopulaires et, surtout, déconnectées des réalités économiques du pays.
















