Si les chiffres bruts annoncés par l’Agence algérienne de promotion de l’investissement (AAPI) semblent témoigner d’un certain dynamisme économique, la comparaison avec le Maroc et la Tunisie révèle que l’Algérie peine à s’imposer comme destination privilégiée des investisseurs dans la région.
Entre novembre 2022 et mars 2025, l’AAPI a enregistré 12.843 projets d’investissement d’une valeur totale de 5.776 milliards de dinars algériens, avec un potentiel de création dépassant les 316.000 emplois. Des chiffres qui masquent cependant plusieurs faiblesses structurelles.
L’échec de l’attractivité internationale
La faiblesse la plus flagrante réside dans l’incapacité de l’Algérie à séduire les investisseurs étrangers. Seuls 235 projets étrangers ont été déclarés durant cette période, représentant à peine 1,8% du nombre total de projets. Un chiffre particulièrement alarmant lorsqu’on le compare à ses voisins.
Le Maroc, locomotive régionale, affiche une croissance économique prévue de 5% en 2025, largement supérieure à celle de l’Algérie. Plus impressionnant encore, le royaume chérifien a vu ses investissements directs étrangers (IDE) bondir de 55,4% sur un an en 2024, preuve de son attractivité croissante sur la scène internationale.
Même la Tunisie, malgré une croissance modeste estimée à 1,8% pour 2025, surpasse l’Algérie en matière d’attractivité internationale. Au premier semestre 2024, les IDE en Tunisie ont augmenté de 26,6% par rapport à 2023, atteignant environ 430 millions de dollars. Le pays abrite aujourd’hui 3.300 entreprises européennes qui emploient 407.000 personnes.
Des déséquilibres structurels persistants
L’Algérie souffre également d’une forte concentration géographique de ses investissements, avec 51,3% des projets concentrés dans le nord du pays, accentuant les disparités régionales. Sur le plan sectoriel, si une certaine diversification existe avec l’industrie (37%), les transports (22,2%) et la construction (22%), elle reste insuffisante pour garantir un développement économique équilibré.
En comparaison, le Maroc a su développer des secteurs stratégiques à haute valeur ajoutée comme l’automobile, l’aérospatial et les énergies renouvelables, tandis que la Tunisie concentre ses efforts sur le secteur manufacturier qui attire la majorité de ses IDE.
Le poids des réformes structurelles
L’écart de performance s’explique en grande partie par les différences d’approche en matière de réformes structurelles. Le Maroc a engagé pour 2025 d’importantes réformes visant à simplifier les parcours des investisseurs, avec notamment la création d’un Observatoire national de l’investissement et le renforcement des Centres Régionaux d’Investissement.
La Tunisie, malgré ses défis économiques, a mis en place des réformes fiscales favorables, comme l’exonération d’impôts pour les investissements dans les startups prévue au budget 2025.
L’Algérie, en revanche, semble accuser un retard dans la modernisation de son environnement des affaires, ce qui explique en partie sa faible attractivité auprès des investisseurs étrangers.
Yasser K.