Belkacem Boukhrouf : « Le PPI actuel limite la dynamique des importations »

Belkacem Boukhrouf : « Le PPI actuel limite la dynamique des importations »
Les importations algériennes soumises à un parcours du combattant.

En Algérie, le Plan Prévisionnel d’Importation (PPI) s’est imposé comme un passage obligé pour toute entreprise souhaitant acheter à l’étranger. Derrière ce document administratif se joue en réalité une mécanique économique complexe qui structure les flux commerciaux, encadre l’accès aux devises et conditionne l’activité de milliers d’opérateurs.

Officiellement, il s’agit d’“une déclaration prévisionnelle détaillée” par laquelle l’importateur annonce à l’avance la nature, la quantité, l’origine et la valeur des produits qu’il compte importer durant l’année. Une fois validé, ce document devient une référence pour les banques, les douanes et l’administration commerciale. Sans lui, aucune domiciliation bancaire ni transfert de devises n’est possible, ce qui en fait l’outil central du contrôle des importations.

Objectifs économiques du PPI et logique de régulation commerciale

L’État présente ce mécanisme comme un instrument stratégique destiné à “maîtriser la balance commerciale, préserver les réserves de change et protéger la production nationale”. La logique officielle repose sur une gestion prudente des sorties de devises. Le PPI devient ainsi un filtre économique, mais aussi un outil statistique permettant d’anticiper les besoins du marché et d’éviter les importations jugées excessives ou non prioritaires.

Pour l’importateur, la première réalité du dispositif est administrative. Toute entreprise disposant d’un registre du commerce mentionnant explicitement l’activité d’importation est concernée, qu’il s’agisse d’une société ou d’un commerçant individuel. L’absence de cette mention entraîne automatiquement un refus. Plusieurs institutions interviennent ensuite dans le processus : le ministère du Commerce pour la conformité réglementaire, la Banque d’Algérie pour le contrôle des changes, les banques commerciales pour la domiciliation et enfin les douanes pour la vérification à l’entrée des marchandises.

 Dossier PPI : pourquoi la préparation documentaire est décisive

La constitution du dossier est perçue souvent, comme l’étape la plus sensible. L’entreprise doit réunir une série de documents récents et certifiés, allant des statuts juridiques au registre de commerce, en passant par le numéro d’identification statistique, la carte fiscale, les attestations sociales, le procès-verbal désignant le gérant, les factures pro forma et les certificats techniques liés aux produits. Dans ce système, la moindre incohérence peut bloquer la procédure. Les opérateurs résument la règle en une formule simple : “un dossier incomplet signifie rejet immédiat”.

Une fois le dossier constitué, il est déposé auprès de la banque choisie pour domicilier les opérations d’importation. L’établissement effectue d’abord un contrôle formel, généralement estimé entre trois et sept jours ouvrables, avant de transmettre le dossier à sa direction régionale pour une analyse plus approfondie pouvant durer “cinq à dix jours”. Si tout est conforme, le PPI est validé et enregistré auprès de la Banque d’Algérie, puis un numéro officiel est attribué à l’importateur pour l’ensemble de ses opérations annuelles. Théoriquement, la procédure dure “quinze à vingt jours ouvrables”, mais sur le terrain les délais atteignent fréquemment trente à quarante-cinq jours, voire davantage en période de forte demande.

Critiques économiques : Belkacem Boukhrouf pointe les limites du dispositif

C’est précisément ce décalage entre la logique administrative et l’expérience des entreprises qui alimente le débat économique. L’économiste Belkacem Boukhrouf estime que le dispositif, tel qu’il est appliqué, mérite d’être repensé. Il rappelle que le PPI a été conçu comme “un instrument non pas d’interdiction mais de limitation, de contrôle et de traçabilité”, mais observe que, dans la pratique, “de l’avis des opérateurs, il est lourd, discriminatoire et peu dynamique”. Autrement dit, un outil censé fluidifier la visibilité des importations peut se transformer, selon lui, en frein opérationnel.

Son analyse devient plus critique encore lorsqu’il examine les effets macroéconomiques. Il affirme que “la contraction de l’activité d’importation n’a malheureusement pas limité la consommation de devises ni renforcé la production nationale”. Pour cet expert, la logique restrictive n’a pas encore produit les résultats attendus sur le plan structurel. Pire, elle aurait fragilisé certaines branches industrielles dépendantes d’intrants importés. Il souligne que “l’application stricte du dispositif a impacté les filières exigeantes en matières premières étrangères”, ajoutant que “plusieurs entreprises sont à l’arrêt ou ont réduit leurs volumes d’investissement”.

Faut-il réformer le PPI ? La proposition d’amélioration de Boukhrouf

L’économiste ne plaide d’ailleurs pas pour sa suppression. Sa position se veut « constructive ». Il considère que le dispositif “gagnera à être amélioré, ajusté et réorienté selon les besoins, les attentes et les contraintes structurelles”. Selon lui, l’enjeu n’est pas de supprimer le mécanisme mais de le rendre plus souple, plus ciblé et mieux adapté aux réalités sectorielles. Il insiste enfin sur la nécessité de “tirer les leçons pour redresser les torts causés”, estimant qu’une réforme intelligente pourrait transformer cet outil administratif en véritable levier de pilotage économique.

En définitive, le PPI apparaît comme un symbole de la stratégie commerciale algérienne : un instrument puissant, structurant, mais encore en quête d’équilibre entre contrôle étatique et dynamisme entrepreneurial. Le débat lancé par Belkacem Boukhrouf pourrait ainsi ouvrir la voie à une refonte progressive du dispositif, afin qu’il reste un outil de régulation sans devenir un frein à la compétitivité.

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