BF Spa, Timimoun et le Sud qui attend encore sa récolte

BF Spa, Timimoun et le Sud qui attend encore sa récolte

La rencontre tenue jeudi entre le ministre de l’Agriculture, Yacine Oualid, et le PDG du groupe italien BF Spa, Federico Vecchione, consacrée au suivi du projet agricole stratégique lancé à Timimoun, s’ajoute à plusieurs autres réunions menées depuis des mois. Pourtant, aucune information concrète n’a filtré sur l’avancement de ce projet tant attendu, ravivant les interrogations de l’opinion publique.

Un projet monumental, une communication verrouillée

Depuis plus d’un an, un projet présenté comme historique occupe le désert du Sud : 36 000 hectares dédiés à la production de céréales et de légumineuses, un investissement de 420 millions d’euros et plus de 6 700 emplois prévus, dont 1 600 permanents.
Sur le papier, il s’agit d’un modèle de coopération algéro-italienne appelé à incarner la relance agricole du pays et la profondeur du Plan Mattei entre Alger et Rome.
Mais derrière les sourires officiels et les photos protocolaires, le silence domine.

Hier encore, le ministre a assuré que les travaux « se déroulent bien » et que les préparatifs pour la saison 2025-2026 sont « en cours ».
Aucune image du terrain, aucun chiffre détaillé, aucune donnée sur l’état réel du chantier.
Pour un projet de cette envergure, cette absence d’informations tangibles interroge :
Pourquoi un partenariat de 420 millions d’euros, censé redéfinir la production agricole du pays, avance-t-il dans l’ombre ?
Pourquoi la communication officielle se limite-t-elle à des formules convenues ?

Le plat prêt de l’Algérie pour l’Italie

L’inquiétude grandit à mesure que le partenariat s’étend.
Après les céréales, BF Spa évoque déjà la production de viandes rouges et la création d’un centre régional de formation agricole à Sidi Bel-Abbès.
La partie italienne semble avancer avec méthode et ambition.
Mais du côté algérien, la posture paraît trop conciliante.

Les autorités déroulent le tapis rouge, facilitent l’accès aux terres, aux infrastructures et à l’énergie… comme si l’Algérie offrait ce projet sur un plateau prêt à consommer.
Pendant ce temps, les agriculteurs locaux peinent à obtenir un forage ou un crédit.
Une multinationale italienne soutenue par son gouvernement dans le cadre du Plan Mattei pour l’Afrique ; une Algérie généreuse mais silencieuse, qui donne beaucoup sans exiger la transparence qu’un tel projet mérite.

Un modèle pionnier ou un projet fantôme ?

Le 6 juillet 2024, l’accord-cadre a été signé en grande pompe à Alger, en présence de plusieurs ministres : Agriculture, Finances, Énergie, Industrie et Hydraulique.
L’objectif : produire du blé, des lentilles, des pois chiches et construire des unités de transformation pour les pâtes et les silos.

Un an plus tard, le bilan de ces ambitions reste flou.
Peu d’éléments concrets permettent de mesurer l’avancement réel du projet : les superficies exploitées demeurent limitées, les créations d’emplois rares, et les unités industrielles promises tardent à voir le jour.
L’absence de communication officielle entretient le doute et nourrit un sentiment d’inachevé.
Présenté comme un modèle de coopération agricole, ce partenariat semble aujourd’hui s’enliser dans la discrétion et les promesses non tenues.

L’urgence d’une transparence nationale

L’Algérie ne peut plus se permettre de traiter ses grands projets comme des secrets d’État.
Ce partenariat doit être évalué à la lumière du jour, avec des comptes rendus réguliers, des visites médiatiques et des bilans publics.
Les habitants du Sud, qui voient défiler les promesses sans retombées concrètes, méritent de savoir où vont les milliards annoncés en leur nom.

Car Timimoun n’a pas besoin de discours : elle a besoin de vérité.
Si ce projet avance réellement, que les autorités le montrent.
S’il subit des retards, qu’elles les expliquent.
Le Sahara n’est pas un décor pour conférences internationales : c’est un territoire vivant, un espace de travail et d’espoir.

BF Spa affirme vouloir « créer les bases d’une présence durable et rentable » en Algérie.
Mais la durabilité ne se décrète pas depuis les salons d’Alger ou de Rome : elle se construit sur le terrain, avec la population, dans la confiance.
Tant que les jeunes du Sud ne verront pas les fruits de ce partenariat, le projet de Timimoun restera un symbole fragile – celui d’une Algérie qui ouvre ses portes sans toujours savoir ce qui entre.

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