Le marché des crypto-actifs vient de traverser une zone de turbulences inédite. En l’espace de quelques jours, le Bitcoin (BTC) a effacé plus de 2 000 milliards de dollars de valorisation boursière, rappelant aux investisseurs la brutalité de sa volatilité intrinsèque, même dans un marché désormais institutionnalisé par l’arrivée des fonds indiciels.
De l’euphorie à la purge : une chute de 40 %
Après avoir flirté avec les 126 000 dollars à la fin du mois de janvier, la reine des cryptomonnaies a entamé une glissade vertigineuse pour toucher un plancher sous les 72 000 dollars les 4 et 5 février. Bien qu’un rebond technique ait permis de stabiliser le cours au-dessus des 70 000 dollars vendredi dernier, le signal envoyé aux marchés financiers reste celui d’une fragilité persistante face aux vents contraires de la macroéconomie.
L’explication de cette débâcle réside d’abord dans un effet de levier dévastateur : près de 16 milliards de dollars de positions sur les contrats à terme ont été liquidées en un temps record, provoquant une cascade de ventes forcées mécaniques. Parallèlement, le désamour soudain des institutionnels s’est traduit par des sorties nettes sur les ETF Bitcoin oscillant entre 1,5 et 2 milliards de dollars, confirmant une prise de bénéfices massive des gestionnaires de fonds au premier signe de faiblesse.
Le couperet politique a fini d’achever le moral des investisseurs lors de l’audition du secrétaire au Trésor américain, Scott Bessent, le 4 février dernier. En excluant fermement tout mécanisme de sauvetage étatique pour le secteur crypto, ce dernier a agi comme un catalyseur de panique, douchant les espoirs d’une régulation protectrice en cas de crise systémique.
Un contexte macroéconomique adverse
Le Bitcoin n’a pas chuté seul ; il subit de plein fouet le durcissement de la politique de la Réserve fédérale (Fed). Fin janvier, Jerome Powell a réitéré son mantra de taux d’intérêt « plus élevés pour plus longtemps », renforçant mécaniquement le dollar qui a aspiré les liquidités au détriment des actifs dits de croissance.
Cette aversion globale au risque a accentué la corrélation du Bitcoin avec le Nasdaq et les matières premières, l’or et l’argent reculant d’ailleurs de 12 à 18 %. Les entreprises exposées, à l’instar de MicroStrategy, ont vu leurs actions dévisser lourdement, illustrant le fait que le Bitcoin est désormais traité par les salles de marché comme l’actif risqué le plus liquide, donc le premier sacrifié lors des phases de « dérisquage ».
Perspectives : Accumulation ou poursuite de la baisse ?
Malgré la violence du choc, certains indicateurs suggèrent qu’une phase d’accalmie pourrait s’amorcer. L’indice Fear & Greed s’est effondré entre 14 et 19, une zone de « peur extrême » qui, historiquement, correspond souvent à des points d’entrée stratégiques. Selon les données de Glassnode, les gros portefeuilles — les fameuses « whales » — profitent déjà de ce creux pour accumuler à nouveau, pariant sur la saisonnalité positive de février qui affiche une performance historique moyenne de +14,3 %.
Pour l’heure, le consensus des analystes table sur une période de consolidation nécessaire de trois à quatre semaines. Si le support technique des 65 000 dollars parvient à tenir, un nouveau rallye pourrait se dessiner dès le mois de mars. Les prévisions pour la fin d’année 2026 restent ambitieuses, visant une fourchette entre 120 000 et 170 000 dollars, à condition toutefois que les tensions géopolitiques s’apaisent et que la liquidité mondiale ne se tarisse pas davantage.
















