Réuni en plénière à Mexico, le gendarme mondial de la finance a jugé qu’Alger avait “substantiellement” rempli ses engagements. Une inspection sur le terrain doit encore valider la solidité des réformes avant un éventuel retrait, qui pourrait intervenir dès juin.
Le signal était attendu depuis plusieurs mois par les autorités algériennes. Il est tombé le 13 février, à l’issue de la plénière du GAFI tenue à Mexico du 11 au 13 février 2026. L’organisme international de lutte contre le blanchiment de capitaux et le financement du terrorisme a établi une « détermination initiale » selon laquelle l’Algérie a « substantiellement complété » son plan d’action. Le pays est désormais jugé éligible à une évaluation sur site, destinée à vérifier que les réformes engagées ont bien été mises en œuvre, qu’elles sont durables et que l’engagement politique nécessaire à leur pérennisation est toujours en place.
Il ne s’agit pas encore, à proprement parler, d’un retrait de la liste grise. L’Algérie figure toujours parmi les vingt-deux juridictions soumises à une surveillance renforcée, aux côtés notamment de l’Angola, de la Bulgarie, du Cameroun, de Monaco, du Liban et du Venezuela. Deux nouveaux pays- le Koweït et la Papouasie- Nouvelle-Guinée- ont par ailleurs été ajoutés à cette liste lors de ce même cycle. Aucune juridiction n’en a été retirée.
Mais cette “détermination initiale” constitue l’avant-dernière marche du processus. C’est la même procédure qui avait précédé le retrait de l’Afrique du Sud de la liste grise en octobre 2025. Si la visite sur site, dont la date n’a pas encore été communiquée, s’avère concluante, le retrait formel de l’Algérie pourrait intervenir lors de la prochaine plénière, prévue en juin 2026, la dernière sous la présidence mexicaine d’Elisa de Anda Madrazo.
Des réformes jugées en avance sur le calendrier
Le chemin parcouru depuis l’inscription de l’Algérie sur la liste grise, en octobre 2024, est significatif. Dès sa plénière d’octobre 2025, le GAFI avait noté que le pays avait « considérablement progressé » sur plusieurs axes de son plan d’action, certains en avance sur le calendrier initial. L’organisme saluait notamment l’adoption de nouvelles procédures de contrôle fondées sur les risques, la mise en place d’un cadre juridique encadrant les informations sur les bénéficiaires effectifs des personnes morales, l’instauration d’un dispositif de sanctions financières ciblées contre le financement du terrorisme, et la réalisation d’une évaluation des risques dans le secteur des organismes à but non lucratif.
Le gouvernement a mobilisé un arsenal réglementaire dense pour répondre aux exigences du GAFI. En septembre 2025, la Banque d’Algérie a adopté le règlement n° 25-14, renforçant les obligations de vigilance pesant sur les banques et établissements financiers. Le ministère des Finances, sous la conduite d’Abdelkrim Bouzerd, a multiplié les réunions du Comité national d’évaluation des risques de blanchiment d’argent, et exhorté l’ensemble des secteurs concernés à accélérer la mise en conformité.
Quatre chantiers encore ouverts
Malgré ces avancées, le GAFI identifiait encore, dans sa déclaration d’octobre 2025, quatre chantiers sur lesquels l’Algérie devait poursuivre ses efforts : l’amélioration du contrôle fondé sur les risques dans les secteurs à haut risque, avec la conduite d’inspections et l’application de sanctions “efficaces, proportionnées et dissuasives” ; le développement d’un dispositif opérationnel sur les bénéficiaires effectifs ; le renforcement du système de déclaration des opérations suspectes ; et la mise en œuvre d’une surveillance des organisations à but non lucratif fondée sur le risque, sans entraver leurs activités légitimes.
La détermination initiale prononcée en février 2026 suggère que le GAFI estime ces lacunes désormais suffisamment comblées, du moins sur le plan législatif et réglementaire.
Un précédent historique
L’Algérie n’en est pas à sa première confrontation avec la liste grise du GAFI. Le pays y avait déjà été inscrit en 2011, avant d’en sortir en 2016 au terme d’un cycle de réformes. Son retour sur cette liste en 2024 avait été perçu comme un revers, d’autant que la Commission européenne s’était alignée sur la classification du GAFI en juin 2025, ajoutant l’Algérie à sa propre liste de pays « à haut risque ».
Les conséquences pratiques de ce classement ne sont pas négligeables : surcoûts de conformité pour les banques algériennes dans leurs transactions internationales, vigilance accrue des partenaires commerciaux, et un signal défavorable adressé aux investisseurs étrangers. La prochaine plénière du GAFI, en juin 2026, dira si cette page est définitivement tournée.
















