En un an, la capitalisation boursière d’Alger a bondi de 42,70% pour franchir le seuil des 744 milliards de dinars. Un record que la COSOB célèbre, chiffres à l’appui. Moins visible, mais tout aussi réel : plus de 60% de cette valeur repose sur les seules épaules du Crédit populaire d’Algérie. La bourse algérienne croît, elle ne s’est pas encore diversifiée.
Retirer le CPA de l’équation, et la capitalisation résiduelle tombe à 284 milliards de dinars, répartis entre sept sociétés. La Banque de développement local (207,83 milliards) et Biopharm (63,83 milliards) complètent ce podium très bancaire et très concentré. Les cinq autres valeurs cotées, à savoir Alliance Assurances, Saidal, HTMT Chaîne des Rôtisseries Orassi, Ouam Invest et Moustachir, se partagent collectivement un peu plus de 12 milliards de dinars de capitalisation. Autant dire que la profondeur du marché financier reste, à ce stade, une promesse plus qu’une réalité.
Ce déséquilibre structurel transparaît également dans les statistiques de transaction. Sur les 4 483 opérations exécutées au second semestre 2025- un chiffre en hausse de 513% sur un an, certes remarquable- 2 895 concernaient uniquement le titre CPA, soit près des deux tiers du total. La BDL en concentrait 1 417 supplémentaires. Les six autres valeurs actions se disputaient les 167 transactions restantes.

Des volumes qui explosent, mais autour d’un seul axe
La valeur totale des échanges sur le marché secondaire a atteint 10,48 milliards de dinars au second semestre 2025, contre 1,41 milliard un an plus tôt, soit une multiplication par sept. Le volume des titres négociés a progressé de 768%. Des chiffres impressionnants, qui illustrent un regain d’intérêt indéniable des investisseurs pour la place algéroise. Mais une lecture désagrégée tempère l’enthousiasme : le CPA et la BDL représentent à eux seuls près de 82% de la valeur totale échangée sur le semestre, avec respectivement 5,57 et 3,05 milliards de dinars.
La COSOB, dans son bulletin semestriel, ne dissimule pas cette réalité. Le régulateur note lui-même que “ce développement reste fortement ancré autour des valeurs bancaires » et appelle à « poursuivre les efforts pour diversifier et élargir la base des émetteurs”. C’est peu dire que le diagnostic est partagé.
Un pipeline prometteur, mais encore timide
Signe que la prise de conscience progresse, le guichet unique du marché financier créé, faut-il le rappeller, en novembre 2024 pour simplifier les procédures d’introduction en bourse, a examiné au second semestre deux dossiers emblématiques. Il s’agit de la startup “Diar Dzair” et le groupe INSAG, acteur de l’enseignement supérieur privé qui ambitionne d’ouvrir son capital au public.
Côté marché obligataire, l’activité est plus soutenue. Tosyali Algérie a levé 15 milliards de dinars via un emprunt obligataire bouclé avec succès en juillet 2025. Basa Algérie, Roulaksi et la Maghrebienne de leasing ont également obtenu le visa de la COSOB pour des émissions destinées aux investisseurs institutionnels. Le marché de la dette d’entreprise avance à un rythme plus régulier que celui des actions- révélateur d’un appétit encore prudent pour les introductions en capital.
La digitalisation comme levier d’élargissement
La troisième conférence annuelle du marché financier algérien, tenue le 20 décembre 2025 au CIC Abdelatif Rahal, a apporté une réponse partielle à la question de l’élargissement. Sept plateformes électroniques de négociation ont été simultanément lancées dans autant de banques, ouvrant théoriquement l’accès aux ordres de bourse à un réseau bancaire bien plus large. Un accord portant sur la création d’une Académie algérienne de la technologie financière a également été signé, signe que le régulateur mise sur la formation et l’innovation pour structurer durablement le marché.
















