Algérie : Natixis débarque sur le marché pharmaceutique de 5 milliards USD

Algérie : Natixis débarque sur le marché pharmaceutique de 5 milliards USD
À droite, Sami Tirache, président du SNAPO, signe la convention aux côtés du représentant de Natixis Algérie (à gauche). ©Natixis Algérie

La banque française fait le pari des pharmaciens d’officine. Un accord avec le SNAPO lui ouvre les portes de 7 000 pharmacies réparties sur tout le territoire national. Une manœuvre pour capter une clientèle solvable dans un secteur délaissé par les banques publiques.

Natixis Algérie, filiale du groupe français BPCE, a conclu un accord avec le Syndicat national algérien des pharmaciens d’officine (SNAPO). Cette convention prévoit un dispositif financier spécialisé, incluant crédits, solutions digitales et services d’accompagnement.

L’opération cible un segment économique substantiel. Le marché pharmaceutique algérien génère entre 4,5 et 5 milliards de dollars annuels, alimenté par la croissance démographique et l’augmentation des besoins sanitaires. Ce volume d’affaires, concentré sur des milliers de points de vente, représente un potentiel financier considérable pour les établissements bancaires.

Un marché solvable, mais oublié par les banques

Les officines algériennes cumulent statut d’entreprise privée et fonction de service public. Elles traitent quotidiennement des flux monétaires importants tout en assurant la distribution pharmaceutique nationale. Cependant, leur financement demeure problématique. Les banques publiques, historiquement orientées vers les grands projets étatiques et les opérateurs d’import, n’ont pas développé d’offres adaptées aux professions libérales de santé.

Cette lacune contraint la plupart des pharmaciens à l’autofinancement, limitant leurs capacités d’investissement. Les retards de remboursement des organismes sociaux (CNAS, CASNOS), parfois étalés sur plusieurs mois, aggravent ces difficultés de trésorerie et fragilisent particulièrement les petites structures.

Natixis-SNAPO : un partenariat taillé sur mesure

L’accord Natixis-SNAPO propose des financements pour l’installation de nouvelles officines et la modernisation des équipements existants. L’offre comprend des taux préférentiels, un traitement prioritaire des dossiers syndicaux, des services bancaires en ligne gratuits, des terminaux de paiement électronique et des couvertures d’assurance professionnelle.

La banque française cible un segment solvable, structuré et homogène. Le SNAPO lui fournit un accès direct à plusieurs milliers d’entreprises de proximité disposant de revenus réguliers. Cette approche permet à Natixis de se différencier sur un créneau délaissé par la concurrence publique, tout en sécurisant un partenariat avec l’organisation professionnelle de référence.

L’enjeu dépasse le simple crédit. En équipant les officines de solutions de paiement numérique et de gestion comptable en ligne, Natixis accompagne l’agenda national de bancarisation et de modernisation des transactions. Chaque pharmacie équipée devient un client multi-services : déposant, emprunteur et utilisateur de produits dérivés.

Cette fidélisation progressive, peu pratiquée par les banques publiques, vise à ancrer durablement Natixis dans l’économie réelle via des partenariats sectoriels dans des domaines stratégiques.

Une percée bancaire, mais des fragilités persistantes

L’accord ne résout pas les fragilités fondamentales du secteur. Les retards chroniques de paiement des caisses sociales, qui grèvent la trésorerie des officines, ne trouvent pas de solution directe dans une offre bancaire. Les pharmaciens restent exposés aux tensions financières récurrentes, que les établissements de crédit ne peuvent qu’atténuer par des facilités de trésorerie.

La dépendance algérienne aux importations pharmaceutiques maintient la vulnérabilité sectorielle. En 2023, les importations de produits pharmaceutiques ont été estimées à 1,5 milliard USD selon le Trésor Public, tandis que le ministère de l’Industrie pharmaceutique indique que l’Algérie importe encore environ 98 % des matières premières nécessaires à sa production locale de médicaments. Les officines, positionnées en bout de chaîne, subissent les déséquilibres amont : elles garantissent l’accès aux soins tout en supportant les blocages logistiques et financiers.

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