Changement à la tête de l’Industrie : chronique d’une transformation inachevée

La valse des ministres se poursuit en Algérie. Le départ d’Ali Aoun du ministère de l’Industrie, dans le cadre d’un vaste remaniement touchant plus d’une dizaine de portefeuilles, invite à dresser le bilan d’une période qui aura marqué le paysage industriel algérien.

Parmi les dossiers complexes, celui de l’automobile aura cristallisé tous les enjeux. En deux ans, Aoun aura tenté de réinventer l’importation et l’assemblage de véhicules. Résultat ? Un système de quotas aussi complexe qu’opaque, où 24 concessionnaires en 2023 sont passés à 66 en 2024, pour un volume de 227.232 véhicules et une enveloppe de 2,6 milliards de dollars.

Au-delà des statistiques, la réalité sociale se révèle tout autre. 20.000 plaintes, des citoyens qui attendent désespérément leurs véhicules, et des déclarations qui ont fait jaser : “Si quelqu’un veut acheter une voiture, qu’il l’importe lui-même”. Une sortie mal venue, alors que de nombreux citoyens attendent toujours la livraison de véhicules payés d’avance.

Si un constat devait symboliser ces deux années, ce serait sans doute celui-ci : 60% de la production industrielle publique à l’arrêt. 120 zones industrielles, dont 80 électrifiées, et un système qui grippait. Une image qui résume son mandat : beaucoup de potentiel, peu de résultats.

Diversification et renouveau : Les lueurs d’espoir

Malgré ces difficultés, quelques projets ont émergé, dessinant des perspectives plus encourageantes. Dans le secteur du ciment, l’Algérie a réalisé une transformation spectaculaire, passant du statut d’importateur à celui d’exportateur. La capacité de production nationale a atteint 40 millions de tonnes, répartie entre usines privées et publiques.

Cette dynamique de transformation se traduit par des performances à l’exportation éloquentes : 20 millions de tonnes de ciment et clinker exportées en 2023, pour une valeur de 700 millions de dollars. Des acteurs comme GICA, Lafarge et deux cimenteries de Biskra ont tiré leur épingle du jeu.

Symbole de cette renaissance industrielle, la cimenterie d’Ain El Ibel. Fruit d’un investissement massif de 50 milliards de dinars, ce projet prévoit deux lignes de production totalisant une capacité annuelle de 3 millions de tonnes. Au-delà des chiffres, la cimenterie promet de générer un écosystème économique complet, avec 500 emplois directs et 700 emplois indirects, illustrant le potentiel de transformation du secteur industriel algérien.

Pour compléter ce tableau, d’autres initiatives industrielles prennent forme. À Oran, l’usine Fiat a démarré sa production en décembre dernier, tandis qu’à Ain Temouchent, JAC poursuit activement son implantation. Chery se prépare également à lancer son unité de montage. Dans le secteur agroalimentaire, le complexe Koutama Agrifood vise l’autosuffisance, promettant de couvrir la totalité des besoins en huile d’ici la fin de l’année. Sur un autre front, Larbatache attend l’arrivée d’une nouvelle raffinerie de sucre.

Un style de management sous haute tension

Cependant, le parcours d’Ali Aoun n’a pas fait l’unanimité. À l’Assemblée nationale, lors des débats sur le projet de loi de Finance 2025, les critiques fusent de toutes parts. On lui reproche son manque de transparence, ses lenteurs administratives et l’inefficacité dans la résolution des problèmes sectoriels. Le recul de l’Algérie dans le classement mondial du climat des affaires, de la 156e à la 157e place, a servi d’argument à ses détracteurs.

Avec l’arrivée de son successeur, Sifi Ghrieb, un nouveau chapitre s’ouvre. Porteur d’atouts significatifs – un doctorat en chimie physique et une expérience solide dans l’industrie – il symbolise peut-être un nouveau départ. La séparation du ministère, avec la création d’un poste dédié à la production pharmaceutique, marque sans doute la fin d’une approche trop globalisante.

Alors, qu’a vraiment accompli Ali Aoun ? Un virage difficile vers une industrie nationale, un système d’importation automobile complexe, mais aussi quelques projets prometteurs qui dessinent les contours d’une possible transformation. Un bilan nuancé qui pose plus de questions qu’il n’apporte de réponses définitives. L’industrie algérienne reste en attente de son véritable électrochoc.

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