Cinq raisons qui ont coulé le port algéro-chinois d’El Hamdania

Port d'Alger

Le PDG de la holding publique Serport, Abdelkrim Rezal,  a confirmé, ce mardi, ce que beaucoup pressentaient déjà : le projet du port en eaux profondes d’El Hamdania, à Cherchell, est définitivement abandonné. Lancé dans les dernières années de la présidence Bouteflika, il devait symboliser la consolidation de l’Algérie dans le club des puissances logistiques de la rive Sud Méditerranée, aux côtés de l’Égypte ou du Maroc.

Pensé comme un port centre du littoral Algérien (plus de 1300 km) , El Hamdania était censé désengorger le port d’Alger, traiter plus de six millions de conteneurs par an, et s’inscrire dans la stratégie mondiale de la Chine, les “Nouvelles Routes de la Soie”. Une coentreprise algéro-chinoise avait même été montée, avec un financement attendu de l’Exim Bank of China et une réalisation par les géants CSCEC et CHEC.

Mais entre malentendus diplomatiques, blocages techniques et arbitrages politiques, le projet n’a jamais décollé. Voici les cinq raisons principales de cet échec.

1. L’Algérie rejette une formule clé en main trop favorable à la Chine

Dès le départ, les partenaires chinois ont proposé un montage classique dans leur stratégie africaine : prêt concessionnel, travaux confiés à des entreprises chinoises, et exploitation du port sur plusieurs décennies. Un modèle déjà mis en œuvre à Lekki (Nigeria) ou Doraleh (Djibouti), où la Chine assume les investissements, mais conserve aussi le contrôle des recettes.

Alger a rapidement refusé ce scénario qui la maintenait à l’écart dans les deux phases de la réalisation et de l’exploitation. Les autorités voulaient un partage équilibré des rôles, notamment dans l’exploitation du port, pour éviter une dépendance à long terme. Le gouvernement a exigé que la future structure soit contrôlée à 51 % par l’Algérie, limitant de fait la marge de manœuvre chinoise.

Pour Pékin, ce refus signifiait un engagement unilatéral sans garanties de retour. Le projet perdait ainsi l’un de ses moteurs diplomatiques principaux.

2. La Chine refuse de prendre le risque opérationnel

Face à ces contraintes, les partenaires chinois se sont repliés sur une position minimale : ils étaient prêts à construire, à financer, mais pas à exploiter le port. Or, ce sont justement les revenus générés par l’activité portuaire qui permettent, dans les montages BOT (Build–Operate–Transfer), de rentabiliser les investissements lourds.

Contrairement aux projets menés en Afrique subsaharienne, où la Chine opère souvent les terminaux, elle a ici décliné toute prise de risque opérationnel. Sans main sur la gestion, sans trafic garanti, sans levier stratégique clair, Pékin a préféré s’éloigner.

Un cadre proche du dossier le résume ainsi : « Les Chinois ne financent pas à blanc. Ils financent ce qu’ils contrôlent. »

3. Un projet surdimensionné face à la nouvelle réalité du commerce mondial

La crise du Covid a profondément modifié la perception des flux logistiques mondiaux. Avec des chaînes d’approvisionnement fragilisées, des surcapacités portuaires accrues et des trafics de conteneurs révisés à la baisse, le gigantisme d’El Hamdania a soudain paru excessif.

Un expert international sollicité par les autorités algériennes a évalué le projet comme surcalibré pour les besoins prévisibles du pays et de la région. Avec 6 000 mètres linéaires de quais, le port visait un marché en expansion constante, qui ne s’est pas matérialisé. Ni l’Algérie, ni ses voisins immédiats n’auraient suffi à justifier une telle plateforme, surtout sans engagement de compagnies maritimes de premier plan.

4. Un site jamais consensuel, au pied du mont Chenoua

Le choix de Cherchell, au pied du mont Chenoua et à proximité immédiate de la ville touristique, a dès l’origine suscité des réserves. Contraintes topographiques, risque de saturation urbaine, complexité d’aménagement : les critiques n’ont jamais cessé.

Parallèlement, plusieurs experts et acteurs industriels ont continué à défendre l’alternative de Cap Djinet, dans la wilaya de Boumerdès. Ce site avait d’ailleurs fait l’objet, il y a une vingtaine d’années, d’une étude poussée menée par le groupe Cevital, dans le cadre d’un projet privé portuaire. Moins contraignant sur le plan environnemental, mieux desservi en infrastructures, ce site a regagné en pertinence avec l’évolution des priorités logistiques nationales.

5. Un manque d’alignement stratégique et politique

En creux, l’échec d’El Hamdania révèle aussi un défaut d’alignement stratégique entre l’Algérie et la Chine sur ce projet spécifique. Pékin a préféré miser sur des hubs maritimes déjà actifs, comme Tanger Med, ou des projets industriels au Maroc, comme l’usine de batteries en partenariat avec Gotion High-Tech.

De son côté, l’Algérie n’a pas réussi à construire un consensus fort pour le projet d’El Hamdania. Les personnels du port d’Alger, le syndicat, les managers, mais aussi les personnels du terminal à conteneurs géré par DP Word ont résisté discrètement au déplacement du port. Les gouvernements de l’ère de Tebboune ont progressivement dû revoir les  ambitions du Port centre à la baisse, privilégiant la modernisation des ports existants (Alger, Oran, Annaba) et la diversification de ses partenaires, avec l’entrée en discussions avec des groupes comme le français  CMA CGM.

Et maintenant ? Le retour à Boumerdès… sans les Chinois ?

Un cadre du ministère des Transports a déjà évoqué le retour en grâce de la piste de Boumerdès pour devenir la priorité pour le projet de port centre. Cap Djinet pourrait accueillir un terminal moderne, bas-carbone, connecté, pensé pour les flux méditerranéens et africains, avec une vocation régionale réaliste.

Mais le dossier est à reprendre entièrement, tant sur le plan technique que diplomatique. L’option chinoise n’est pas exclue, mais elle figure désormais parmi d’autres alternatives, incluant des acteurs européens ou moyen-orientaux.

En attendant, l’Algérie se concentre sur des chantiers jugés plus urgents et mieux calibrés : modernisation du port d’Oran, montée en capacité de Djen Djen, numérisation logistique. Une stratégie d’appoint, plus modeste peut-être, mais davantage en phase avec les besoins réels et les équilibres politiques du moment.

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