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Code de la route, carburant, sanctions : le secteur du transport à l’arrêt

Par Djafar Ouigra 1 janvier 2026
Menaces sur le secteur du transport

L’année a commencé dans un climat de tension inhabituelle sur les routes algériennes. Dès les premières heures du Nouvel An, des centaines de transporteurs de marchandises et de voyageurs ont entamé un mouvement de grève, à la suite d’appels relayés depuis plusieurs semaines sur les réseaux sociaux. En ligne de mire : le nouveau code de la route, jugé « répressif », les hausses successives des charges d’exploitation et, dernière goutte ayant fait déborder le vase, l’augmentation récente du prix du carburant.

Dans plusieurs wilayas, les transporteurs de marchandises, les chauffeurs de bus interwilayas et même les détenteurs de camions de dépannage ont cessé le travail. Un arrêt brutal qui fait planer le spectre d’une paralysie progressive d’un secteur déjà fragilisé depuis des mois.

Le nouveau code de la route au cœur de la colère

Pour les chauffeurs, le nouveau cadre juridique transforme leur métier en activité à haut risque judiciaire. Mouloud, chauffeur de poids lourd assurant le transport de sable entre Sétif et Tizi Ouzou, ne mâche pas ses mots :

« Ce nouveau code de la route est vraiment un crime pour nous. Ces dernières années, on souffre vraiment de procédures des autorités qui sont devenues très sévères. Avec cette crise multidimensionnelle, pièces de rechange rares et de plus en plus chères, cela a ouvert la voie à la contrefaçon, avec un taux très élevé. »

Selon lui, le secteur ne fait plus rêver : « Le transport de marchandises n’est plus un secteur attractif. Avec le nouveau code de la route, on risque jusqu’à 10 ans de prison à la suite d’un accident causé par ton adversaire, sans avoir commis la moindre infraction. C’est plus qu’une injustice, c’est pire que ça, et ça n’existe nulle part. »

À cela s’ajoutent les sanctions financières : « On risque de 70 000 jusqu’à 200 000 dinars pour surcharge. C’est insupportable, parce qu’en un mois de travail, il est difficile de mettre cette somme de côté, sans parler des autres procès où la moindre infraction coûte au minimum 12 000 dinars. »

Pièces de rechange, pneus et carburant : une équation impossible

Au-delà du cadre juridique, les transporteurs dénoncent une explosion des coûts. Ali, ancien chauffeur travaillant pour Naftal dans le transport de gasoil, décrit une situation devenue intenable :

« Je travaillais dans le transport du gasoil, mais pour les longues distances vers le Grand Sud, notamment Tamanrasset et In Guezzam, je n’y vais plus. Rien que les pneus, tous les six mois je dois en acheter d’autres, à cause de l’état catastrophique des routes. »

Il précise : « En moins de trois ans, les prix des pneus ont doublé. Les pièces de rechange aussi. J’ai changé de destination vers d’autres marchés, mais avec la nouvelle augmentation des prix du carburant, c’est devenu insupportable. Ce secteur est au bord de la faillite. »

Le renouvellement du parc est, selon lui, hors de portée : « Aujourd’hui, il est presque impossible de renouveler son camion. Ils sont indisponibles sur le marché et les prix sont très élevés. Pour acheter un nouveau camion, il faut plus de deux milliards de centimes. »

La grève ne concerne pas uniquement le transport de marchandises. Djamel, chauffeur de bus sur la ligne Alger–Tizi Ouzou, confirme les premières perturbations :

« Aujourd’hui, il y a des bus qui n’ont pas assuré leurs départs à cause de la crise dans le secteur. Et ce matin, on découvre que le prix du gasoil a augmenté sans aucun avis préalable, ce qui est vraiment incompréhensible. »

Il ajoute : « Peut-être que d’autres vont rejoindre ce mouvement de grève dès ce soir. Mais ceux qui assurent les longues distances, notamment vers le Sud et le désert, ont déjà entamé le mouvement de protestation. »

Un secteur stratégique au bord de la paralysie

Le transport est un maillon central de la logistique nationale. Le traiter uniquement sous l’angle répressif, estiment les grévistes, revient à considérer le conducteur « non plus comme un acteur clé de l’économie, mais comme un danger mobile ». Une perception largement partagée dans les appels à la mobilisation diffusés ces dernières semaines sur les réseaux sociaux, appelant à bloquer l’application de lois jugées déconnectées de la réalité du terrain.

La cessation d’activité des camions de dépannage dans certaines wilayas accentue le risque de paralysie totale, notamment sur les grands axes routiers.

Ce mouvement de grève révèle une crise profonde et structurelle. Charges en hausse, parc vieillissant, absence de visibilité juridique, sanctions lourdes et carburant plus cher : le cumul de ces facteurs menace l’équilibre d’un secteur vital pour l’approvisionnement du pays.

Sans intervention rapide et concertée de l’État, le conflit pourrait s’enliser. Les transporteurs réclament non pas l’impunité, mais un cadre réaliste, équilibré et adapté à la réalité économique. Car au-delà de la contestation, une certitude s’impose : sans transport, l’économie nationale ne peut ni respirer, ni avancer.

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