Commerce avec l’Espagne : «Il fût un temps où le marché algérien a sauvé SEAT» (Bouabdallah président CCIAE)

Commerce avec l’Espagne : «Il fût un temps où le marché algérien a sauvé SEAT» (Bouabdallah président CCIAE)

Alors que la baisse des exportations algériennes vers l’Espagne représente le point d’orgue d’un partenariat commercial qui ne cesse de s’effriter entre Alger et Madrid, les entreprises ibériques installées chez nous traversent l’épreuve du Covid-19 avec beaucoup de prudence. Dans un entretien exclusif, le président du cercle de commerce et d’industrie algéro-espagnol (CCIAE), Djamel Eddine Bouabdellah, revient sur la situation actuelle du « business » espagnol sur le marché algérien.

Maghreb Emergent :Pouvez-vous faire un état des lieux des relations économiques entre l’Espagne et l’Algérie en cette période de pandémie Covid-19, notamment en matière de commerce ?

Djamel Eddine Bouabdellah : Pour rentrer directement dans le vif du sujet et baliser le terrain, j’ai sous les quelques chiffres à vous soumettre, concernant l’exercice 2019. Les exportations espagnoles vers l’Algérie se sont établies à 2,91 milliards d’euros, en baisse de 13 % par rapport à l’année précédente et les importations se sont situées autour des 3,1 milliards d’euros (essentiellement des hydrocarbures), en baisse de 16,2 %. Le taux de couverture pour l’Espagne est de 75 % avec un déficit de balance commerciale qui reste en faveur de l’Algérie. A ce titre, je dirais que les relations économiques bilatérales restent globalement bonnes même si le potentiel commercial des deux pays n’est, à mon sens, pas exploité de manière pleine.

Quelle est la situation actuelle des entreprises espagnoles engagées dans des projets en Algérie ? Y a-t-il des secteurs qui ont été particulièrement touchés par la crise ?

Outre la sous-traitance, Il faut savoir qu’il existe environ 300 projets algéro-espagnoles sous forme de joint-ventures et de sociétés mixtes ou d’investissements propres, dans différents secteurs tels que l’agroalimentaire, l’emballage métallique, la pêche ou le marbre ou encore l’industrie de savon.

La présence espagnole en Algérie n’est pas encore « très importante » mais elle reste tout de même intéressante, comme peut l’attester le projet Medgaz, via Naturgy, qui a coûté l’équivalent de 1 milliard d’euros environ.

D’autres grands projets ont également vu le jour avec Repsol, Cepsa, RKF ou Abengoa, qui s’est engagé dans un projet en (BOT) à hauteur de 280 millions dollars. Et tout récemment, il y a eu le méga projet remporté par Tecnicas Reunidas en consortium avec le coréen Samsung , pour la construction d’une raffinerie à Hassi Messaoud, dont 1,8 milliards d’euros revient à la partie espagnole. Cette présence s’étend également au secteur hydraulique, à l’ouest du pays essentiellement, notamment sur des projet de dessalement d’eau de mer.

Mais comme vous l’avez signalé dans votre précédente question, la crise sanitaire a impacté tout le monde, ce qui a eu pour effet de ralentir la cadence sur nombre de projets d’investissements, dans le bâtiment et l’hôtellerie par exemple. Ma foi, qu’en pouvons nous !?

Parmi les mesures phares prises par le nouvel exécutif en Algérie, la suppression de la loi dite des 51/49 sur les secteurs non stratégiques. Quelle lecture en faites-vous et comment cela a été perçu du côté des entreprises ? Quelle conséquences sur le niveau des IDE espagnols en Algérie pourrait elles en résulter sur le court terme ?

La suppression partielle du 51/49 adossée à celle du droit de préemption introduit une situation nouvelle en Algérie. Le fait d’avoir permis le recours au financement extérieur des investissements vient compléter cette panoplie de mesures prise pour redynamiser les IDE en Algérie. Ceci aura pour conséquence de démocratiser le rôle des sociétés de « capital investment » dans le financement de projets en Algérie, alors qu’auparavant, ces fonds étaient contraints de recourir à de l’ingénierie financière pour pouvoir entrer sur le marché algérien. A cela s’ajoute, le fait de pouvoir acquérir du matériel industriel d’occasion, qui est également une carte intéressante à jouer.

J’espère donc que la levée de ses barrières à l’entrée permettra à l’Algérie d’être enfin perçu comme un pays où il est intéressant d’investir. Je dirai même que la corrélation de ces paramètres avec d’autres relatifs aux coûts relativement bas de l’énergie et de main d’œuvre, fera en sorte que le pays puisse jouer pleinement sa carte de porte de l’Afrique et, à ce titre, concurrencer sérieusement le Maroc en matière d’attractivité économique vis-à-vis des entreprises espagnoles, et devenir, peu être, l’usine de l’Afrique du nord.

Enfin, nous parlons là d’un marché de 50 millions de consommateurs dans quelques années, qui géographiquement parlant, est à portée de main de l’Espagne !

Pour illustrer mon propos, je citerai le secteur des mines, qui fait l’objet d’une véritable opération séduction lancée par le Gouvernement algérien, afin d’attirer les investisseurs et capter des capitaux étrangers. Là aussi, les espagnols sont présents à travers l’ingénierie et j’en veux pour preuve l‘actuel partenariat du Groupe des Sociétés Hasnaoui (GSH) avec Groupo Puma, qui a débouché sur la création d’une filiale locale. En 2019, elle a investi 10 millions d’euros dans la production de mortiers prêts à l’emploi.

Dans un récent entretien donné au magazine Altayar, vous avez parlé d’entreprises espagnoles qui ont fait le choix de s’installer en Algérie et qui ont plutôt réussi. Quels conseils pratiques donneriez vous aux sociétés espagnoles pour mieux appréhender le marché algérien ?

Le premier conseil que je leur donne c’est de solliciter les services de la CCIAE, car nous sommes à même de les conseiller et les orienter. Dans la mesure où l’Algérie a toujours été perçue comme une économie fermée, les entreprises intéressées par le marché local pèchent souvent par manque de données et d’informations, qui dans certains cas, finit par les décourager. A l’image de SEAT, qui croyait beaucoup dans le marché algérien au temps où elle était en affaires avec le groupe Sovac et où elle voulait porter son partenariat à un niveau supérieur.

Figurez vous que les ventes algériennes, notamment de la Ibiza, ont sauvé SEAT à une période où les choses allaient mal pour le groupe automobile ! Un organisme espagnol qui s’appelle le PIDM (Plan intégral de développement des marchés) classe l’Algérie parmi les destinations de choix concernant ses prévisions ?

Sur le plan juridique, Je préconise le passage par tout type de relais officiels comme l’ICEX ou le bureau commercial de l’ambassade. En ce qui concerne l’aspect pratique, sachez que nous même organisons régulièrement des missions économiques en Espagne, destinée à la promotion des évolutions et des caractéristiques du marché. Nous ciblons particulièrement les chambres de commerce, selon les secteurs d’activité.

Comment expliquer-vous la baisse des exportations de gaz naturel vers l’Espagne ? Est-ce une volonté exprimée par le nouveau Gouvernement Sanchez ou est-ce dû à la compétitivité de l’offre américaine et russe ?

A vrai dire, nous n’avons pas beaucoup d’informations à ce sujet ! Pour ma part, je ne crois pas que la politique du Gouvernement, qu’il soit de gauche ou de droite, puisse chambouler à ce point la feuille de route espagnole en matière d’énergie. d’un côté, il y a ceux qui disent, en partie à juste titre, que le gaz algérien devient cher (à hauteur de 5 dollars/MBTU – 207,28 Da/MBTU en juin 2020 selon Indexmundi. NDLR), par rapport à celui des USA ou de la Russie (qui coûterait dans les 3 dollars/MBTU). Mais c’est sans tenir compte du prix du transport dont le coût est assez élevé. De l’autre, il y a ceux qui pointent du doigt une éventuelle baisse d’offre pour des raisons qui ne sont pas claires.

Il est aussi envisageable que l’Espagne ne veuille pas dépendre exclusivement des exportations algérienne pour des raisons de souveraineté économique. Car lorsque vous importez 56 % de vos besoins en gaz naturel d’un seul pays, cela peut poser problème si jamais celui-ci, pour une raison ou pour une autre, n’est plus en mesure de vous approvisionner. Enfin, j’y vois également une volonté espagnole de rééquilibrer sa balance commerciale, qui reste largement déficitaire vis-à-vis de l’Algérie.

Le secteur du tourisme, marque de fabrique espagnole, demeure un terrain vierge en Algérie. Lors d’une récente rencontre entre le ministre de tutelle algérien et l’ambassadeur d’Espagne à Alger, une commune de travailler la main dans la main a été affichée. Comment cela pourrait se traduite sur le terrain de la réalité.

D’abord, il faut concéder le fait que ce secteur a souffert de mauvaise gestion durant les dernières années, à telle enseigne que nous avons dû assister à des situations folkloriques parfois.

Au sein de la CCIAE, nous avons créé le SKAL Algérie. Il s’agit d’un club international des professionnels du tourisme, afin de promouvoir le partage d’expériences dans ce domaine. Dans un premier temps, nous avons lancé des discussions avec la fédération tourisme, qui est rattachée au CNPA (Syndicat patronal), afin de lancer des projets concrets dans ce secteur.

Cette initiative a pour objectif d’attirer des potentiels investisseurs pour financer des projets. Nous en sommes à la phase de démarrage, qui consiste à détailler les process avant de se lancer dans le grand bain. Une proposition sera probablement soumise au Gouvernement dès que la crise sanitaire s’atténue.

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