La wilaya de Biskra, cœur de la phéniciculture en Algérie, vit une saison paradoxale. Jamais la récolte de dattes n’a été aussi abondante, selon plusieurs agriculteurs et commerçants locaux. Les estimations de cette campagne évoquent un volume avoisinant 1,15 million de tonnes à l’échelle nationale, un niveau rarement atteint ces dernières années. Pourtant, malgré cet excédent, les prix restent élevés pour le consommateur, tandis qu’une partie de la production peine à trouver preneur. Entre absence de stratégie commerciale, coûts de distribution et fermeture progressive des circuits informels, le marché révèle ses limites.
Une récolte exceptionnelle, mais un excédent difficile à écouler
Cette campagne agricole est qualifiée d’exceptionnelle par les acteurs du terrain. « Cette année, il y a vraiment une récolte record, on parle d’un volume jamais atteint depuis plusieurs saisons », confie un agriculteur de la région, évoquant des rendements nettement supérieurs à la moyenne. Mais cette abondance se transforme en casse-tête. « Les agriculteurs refusent de vendre à perte, alors la récolte reste stockée, sans solution claire », ajoute-t-il.
Du côté des commerçants, le constat est similaire : « Il y a beaucoup d’offres, mais elles ne sortent pas. Résultat, certains deviennent déficitaires malgré une bonne saison agricole ».
Manque de vision dans l’assemblage et le marketing
L’un des points faibles majeurs reste l’assemblage et la présentation du produit. « Il n’y a pas de vraie vision marketing chez certains vendeurs. Mettre des dattes dans des emballages noirs avec un simple papier blanc n’attire pas le client », explique un commerçant de Biskra. Selon lui, « le packaging compte autant que la qualité : il faut des couleurs, une identité visuelle, notamment le jaune, qui attire l’acheteur».
Plusieurs acteurs pointent aussi le manque d’études de marché. « Beaucoup se lancent sans connaître le secteur. Ils achètent la récolte sur pied à un prix élevé, puis découvrent les charges : récolte, tri, assemblage, transport », témoigne un agriculteur. Résultat : « Une fois au marché, ils ne couvrent même pas leurs coûts et finissent par bloquer la marchandise ».
Cette situation crée un excédent artificiel, non pas par manque de demande, mais par absence de stratégie de vente adaptée à une récolte aussi abondante.
Fermeture des circuits informels vers la Tunisie
Autre changement majeur cette année : la fermeture progressive des circuits informels vers la Tunisie. « La frontière tunisienne est devenue difficile à pénétrer, il y a beaucoup moins de sorties clandestines », affirme un commerçant. Désormais, « il faut suivre une procédure officielle pour exporter, ce qui réduit fortement les volumes sortants ».
Enfin, la distribution reste le maillon le plus fragile. « Le vrai problème, ce n’est pas la production, c’est la distribution. Elle coûte parfois plus cher que la datte elle-même », souligne un acteur du secteur. Paradoxalement, « on trouve des prix doublés, voire triplés, alors que les agriculteurs ne gagnent pas plus».
Les professionnels appellent à une intervention étatique. « Il faut des points de vente directs, organisés par l’État, pour que la datte arrive au consommateur à un prix abordable », conclut un commerçant.
















