Mohamed Harbi, moudjahid, militant du FLN historique et historien critique majeur de la révolution algérienne, est décédé ce 1er janvier 2026. Acteur du combat indépendantiste, Mohamed Harbi est, pour des générations entières, l’homme « debout » qui aura entamé une œuvre majeure : dégager l’histoire du combat indépendantiste du discours hagiographique officiel.
Aux origines du FLN, publié en 1975, est l’ouvrage inaugural de Mohamed Harbi, qui a ouvert le chemin d’une lecture critique inédite de l’histoire du Front de libération nationale. Ce travail sera prolongé et approfondi avec Le FLN, mirage et réalité, paru en 1980. On ne dira jamais assez l’importance et l’impact de cet ouvrage, publié en France et que l’on se partageait sous le manteau, pour une génération post-indépendance avide de connaître l’histoire « vraie » de la guerre d’indépendance.
Ce faisant, Mohamed Harbi a ouvert la voie au travail d’autres historiens pour explorer, hors de toute démarche de justification politique du pouvoir, le champ de l’histoire. Dans un pays où les témoins et acteurs ont peu parlé, Mohamed Harbi a été la première brèche : un acteur devenu historien travaillant sur les archives, les témoignages et sa connaissance du FLN de l’intérieur. Une entreprise monumentale qui mérite la reconnaissance des Algériens et de la nation. « Le moudjahid et historien Mohamed Harbi a légué aux Algériens un immense héritage qui perpétuera sa mémoire », a posté le journaliste Nadjib Belhimer. À juste titre, Harbi aura été une référence, un intellectuel libre et lucide qui ne se privait pas, depuis son exil, d’intervenir dans les débats politiques nationaux.
Contre la dérive autoritaire
Né le 16 juin 1933 à El Harrouch, dans l’Est algérien, Mohamed Harbi s’engage très tôt dans le mouvement national algérien. En 1948, il adhère au Mouvement pour le triomphe des libertés démocratiques (MTLD) et poursuit son combat à Paris au sein de l’Association des étudiants musulmans d’Afrique du Nord. Il participe aux débats qui traversent le mouvement indépendantiste au début des années 1950 et soutient la création du CRUA, prélude à la naissance du FLN, se prononçant alors pour la lutte armée.
Durant la guerre d’indépendance, Mohamed Harbi occupe plusieurs fonctions politiques et diplomatiques au sein de l’appareil du FLN et du Gouvernement provisoire de la République algérienne (GPRA). Après l’indépendance en 1962, il devient conseiller politique du président Ahmed Ben Bella et dirige l’hebdomadaire Révolution africaine. Très vite, il se démarque par ses positions critiques face à la dérive autoritaire du nouveau pouvoir. Cet esprit d’indépendance lui vaut la marginalisation d’abord, puis l’arrestation après le coup d’État de 1965. Harbi est emprisonné, puis assigné à résidence pendant plusieurs années. Il parvient à s’évader en 1973 et s’exile en France, où il entame une carrière universitaire et se consacre pleinement à l’écriture et à la recherche historique.
Il a salué la “créativité” du Hirak
C’est dans cet exil qu’il devient l’un des premiers historiens algériens à aborder l’histoire de manière critique et iconoclaste. Il souligne notamment l’absence de véritable consensus autour du déclenchement de la guerre. Il note que le FLN n’a jamais été un parti politique classique, mais une organisation militaire, ce qui a favorisé la confiscation du pouvoir par les hommes en armes dès l’indépendance. Dans une interview accordée au journal Le Monde en 2019, Harbi saluait dans le Hirak l’expression d’une génération qui veut se réapproprier une indépendance confisquée, selon lui. Il y saluait la créativité, la maturité et l’intelligence populaire du mouvement.
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