En arrosant intelligemment les panneaux solaires, des chercheurs algériens ont trouvé comment en tirer 28 % d’électricité en plus, avec six fois moins d’eau.
Une équipe de l’université Kasdi Merbah de Ouargla vient de démontrer qu’un système intelligent de refroidissement par pulvérisation d’eau peut améliorer le rendement des panneaux solaires de près de 29 % dans des conditions désertiques. Ces travaux, menés en collaboration avec l’université de Paris et l’université espagnole Rovira i Virgili, ont été publiés dans la revue scientifique Applied Thermal Engineering, une contribution qui tombe à point nommé alors que l’Algérie accélère sur le dossier solaire.
Un dispositif intelligent qui ménage l’eau
Le système repose sur un petit circuit électronique programmable qui surveille en temps réel la température des panneaux. La pulvérisation ne se déclenche que lorsque la surface dépasse 41,5 °C et s’arrête automatiquement lorsqu’elle redescend sous 38,5 °C. « Le système ne s’active que lorsque la température du panneau dépasse un seuil prédéfini, ce qui améliore l’efficacité énergétique et minimise la consommation d’eau, un facteur important en environnement désertique », explique Mahmoud Bourouis, auteur principal de l’étude.
Le prototype a été testé à Ouargla, dans le nord-est du Sahara algérien, sur deux panneaux identiques dont l’un était équipé du système de refroidissement, l’autre servant de référence. Les essais ont été conduits sur huit jours en juin et juillet 2024, avec des températures ambiantes variant entre 30 °C et 45 °C.

Des résultats probants sur le terrain
En mode refroidissement continu, la puissance de sortie est passée de 272 à 350 watts, tandis que la température de surface a chuté de 58,6 °C à 36,7 °C, soit une amélioration du rendement de 28,8 %. En mode intelligent, la production a progressé de 251 à 337 watts et la température a été ramenée de 56,1 °C à 35,7 °C.
La différence déterminante entre les deux modes tient à la consommation d’eau. Le système intelligent en utilise six fois moins que le refroidissement continu, pour un résultat quasi identique en termes de production. « Bien que la puissance absolue puisse être légèrement supérieure avec le refroidissement continu, les avantages du système intelligent en termes de coût et d’utilisation de l’eau en font l’option préférable en conditions désertiques », conclut l’équipe.
Le Sahara, terrain d’expérimentation autant que d’ambition
L’équipe entend poursuivre ses recherches en intégrant des paramètres supplémentaires comme la vitesse du vent et l’humidité, et explore déjà des techniques de refroidissement alternatives.
Ces résultats arrivent à un moment où l’Algérie cherche à accélérer le développement de son potentiel solaire saharien, l’un des plus importants au monde. Le pays a multiplié par six ses importations de panneaux photovoltaïques en 2025, atteignant 2,1 gigawatts, et prévoit de mettre en service une vingtaine de centrales solaires en 2026 dans le cadre d’un programme visant 15 000 mégawatts de renouvelables à l’horizon 2035.
La question de la performance des équipements sous forte chaleur est précisément l’un des obstacles techniques majeurs à lever pour que ce potentiel se transforme en capacité de production réelle, le décollage tarde encore.
















