Depuis l’attaque américano-israélienne contre l’Iran, les marchés énergétiques sont en état de choc. La fermeture du détroit d’Ormuz a propulsé le baril de Sahara Blend au-dessus de 82 dollars, tandis que les prix du GNL sur le hub européen TTF ont bondi de 50 %, dépassant les 50 €/MWh en quelques jours. Ce scénario rappelle inévitablement celui de février 2022, lorsque l’invasion de l’Ukraine par la Russie avait transformé l’année en un exercice record pour l’Algérie, avec des revenus d’exportation frôlant les 60 milliards de dollars. À l’époque, malgré une inflation importée galopante, le Trésor public avait profité d’une manne inespérée. En 2026, l’histoire est-elle en train de bégayer ?
Le chemin vers les 60 milliards de dollars
Pour que Sonatrach renoue avec les sommets de 2022, le scénario repose sur une persistance des prix actuels tout au long de l’année. Avec un baril maintenu en moyenne à 80-85 dollars, les revenus du pétrole brut, des condensats et des produits raffinés pourraient générer environ 25 milliards de dollars. Mais c’est sur le segment gazier que l’Algérie jouerait sa plus forte carte.
En l’absence prolongée du GNL qatari, bloqué derrière Ormuz, la demande pour le gaz algérien acheminé par pipeline (Medgaz et Transmed) devient frénétique. Si les prix du gaz naturel et du GNL restent 50 % plus élevés que leur moyenne de 2025, ce segment pourrait rapporter à lui seul près de 32 milliards de dollars. En y ajoutant un GPL porté par la rareté, les revenus globaux pourraient tutoyer, voire dépasser, les 60 milliards de dollars. Une telle performance permettrait de financer le budget colossal de 2026 tout en stabilisant les réserves de change de la Banque d’Algérie au-delà du seuil des 70 milliards de dollars.
Pourquoi le choc pourrait être de courte durée
Cependant, plusieurs facteurs pèsent contre la durabilité de ce scénario de “super-profits”. Contrairement à la guerre en Ukraine, qui s’est enlisée dans un conflit terrestre de longue durée, l’agression contre l’Iran et sa réplique pourrait rester contenue à des échanges de frappes aériennes et navales. Une désescalade diplomatique ou une réouverture sécurisée du détroit d’Ormuz provoquerait une chute brutale des primes de risque.
De plus, la réponse de l’offre mondiale est plus structurée qu’en 2022. La mobilisation de capacités de production additionnelles est déjà en marche : les États-Unis continuent de battre des records de production de pétrole de schiste, tandis que de nouveaux projets gaziers en Afrique de l’Est (Mozambique) et en Méditerranée orientale commencent à peser sur les bilans. L’OPEP+ dispose également de marges de manœuvre pour inonder le marché si les prix menacent de faire basculer l’économie mondiale en récession, limitant ainsi la fenêtre de tir pour des prix durablement stratosphériques.
Le facteur chinois et la transition énergétique
En comparant 2022 et 2026, la différence fondamentale réside dans la structure de la demande. Le monde, notamment les pays de l’OCDE, centre de consommation en déclin, se prémunit mieux contre les chocs : l’efficacité énergétique et la part croissante du renouvelable ont structurellement fait plafonner l’intensité carbone, dans sa composante pétrolière, du PIB mondial. L’aubaine pourrait donc être moins juteuse que prévu.
Dans cette équation, la Chine joue le rôle d’arbitre suprême. En tant que premier importateur mondial, sa capacité à absorber un choc de prix ou, au contraire, à ralentir sa demande décidera indirectement du bilan final de Sonatrach. Mais c’est aussi comme exportatrice que Pékin influencera les réserves de change algériennes : l’explosion des coûts logistiques — due au contournement de l’Afrique par les porte-conteneurs chinois — pourrait renchérir massivement les importations algériennes. Si le gain sur le baril est absorbé par le coût du fret et des équipements chinois, l’effet “net” pour l’économie nationale pourrait être bien plus modeste qu’en 2022. Entre la dérive guerrière de Donald Trump et les ajustements imposés à Pékin, la balance des paiements de 2026 de l’Algérie est déjà suspendue à une géopolitique maritime et logistique de haute voltige.
















