On a longtemps regardé l’Afrique comme un bloc indistinct, englué dans la dette et l’instabilité. Les chiffres du FMI invitent à une lecture plus rigoureuse et pour l’Algérie, plus nuancée qu’il n’y paraît.
La cartographie budgétaire du continent révèle trois réalités très différentes. Des pays comme le Nigeria, la RD Congo ou le Tchad affichent une dette inférieure à 40 % du PIB – une latitude réelle pour emprunter et investir. Des économies à dette modérée comme la Côte d’Ivoire, le Rwanda ou l’Éthiopie dont l’avenir dépendra de la qualité de leurs réformes. Et une minorité, à savoir la Zambie, le Mozambique, le Soudan et le Sénégal, qui franchit le seuil symbolique des 100 %, chacune pour des raisons qu’il serait réducteur de confondre.
S’agissant de l’Algérie, elle se situe dans la deuxième catégorie, avec une dette publique à 46,2 % du PIB en 2024, un ratio modéré sur l’échelle africaine. Rassurant en apparence, mais insuffisant pour conclure à la sérénité.

Un ratio flatteur, une trajectoire préoccupante
L’atout algérien est réel puisque la dette est composée à 99 % de dette intérieure, ce qui préserve le pays des vulnérabilités monétaires qui ont étouffé la Zambie ou le Ghana. Pas d’exposition aux marchés privés internationaux, des réserves de change encore confortables.
Mais derrière ce tableau de façade, la dette intérieure a bondi de 83 % entre 2020 et 2024, croissant plus vite que la richesse créée. Le FMI alerte : sans mesures d’ajustement, la dette pourrait atteindre 59,5 % du PIB en 2029. Plus inquiétant encore, le FMI estime le déficit global à 13,9 % du PIB en 2024, soulignant la dépendance persistante aux hydrocarbures et l’insuffisance de la fiscalité hors pétrole.
L’équation hydrocarbures : la force qui fragilise
Ce qui distingue l’Algérie du reste de l’Afrique modérément endettée, c’est la nature de ses recettes. Les hydrocarbures représentent près de 50 % des recettes budgétaires et 92 % des exportations, autrement dit une dépendance que les prix élevés ont longtemps permis d’ignorer. Le système des subventions -600 milliards de dinars rien que pour les produits de large consommation – est lui-même financé par les excédents pétroliers, rendant l’ensemble du dispositif vulnérable à tout retournement des marchés.
Pendant ce temps, les investissements étrangers stagnent structurellement, l’Algérie ne captant que 1,43 milliard de dollars d’IDE en 2024, loin derrière le Maroc ou l’Égypte, signe que la diversification proclamée tarde à se concrétiser dans les faits.
Mais aujourd’hui, l’espace budgétaire existe encore. Avec une dette externe quasi nulle et des réserves de 60 milliards de dollars, le pays a encore les moyens d’agir. Des économistes tel que Abdelrahmi Bessaha l’ont récemment rappelé : “2026 constitue la dernière fenêtre pour un ajustement maîtrisé”.
















