Au Forum d’El Moudjahid, le secrétaire général de l’UGTA a confirmé la tenue prochaine d’une rencontre entre le gouvernement, le patronat et la centrale syndicale. Après une décennie d’absence, le mécanisme historique de concertation pourrait retrouver une seconde vie, à condition que les partenaires s’accordent sur sa nature.
La tripartite revient. Ou du moins, elle s’annonce. Ce mécanisme de concertation qui réunissait depuis les années 1990 le gouvernement, l’UGTA et le patronat autour des grandes questions économiques et sociales s’était progressivement effacé après sa 20ème édition en 2017. Près d’une décennie plus tard, l’heure de la résurrection aurait-elle sonné ?
C’est en tout cas ce que laisse entendre Amar Takdjout. Invité lundi du Forum du quotidien El Moudjahid, à l’occasion du 70ème anniversaire de la fondation de l’UGTA, le secrétaire général de la centrale syndicale a levé un coin du voile sur une réunion en gestation. « Il y a une sorte de tripartite », a-t-il fini par concéder, après avoir d’abord prudemment évoqué une simple « prise de contact ». Cinq à six ministres d’un côté, deux ou trois organisations patronales, public et privé confondus, de l’autre, et l’UGTA au centre : la configuration est celle, classique, du dialogue social à l’algérienne. La rencontre, initialement prévue la semaine dernière, a déjà été reportée une première fois sans explication.
Un aveu plus qu’une annonce
Le ton de Takdjout n’est pas celui de la fanfare. C’est plutôt une confidence arrachée à mi-voix, sous la pression des questions des journalistes présents. Depuis son élection à la tête de l’UGTA en juillet 2023, le responsable syndical a hérité d’une organisation qu’il décrit comme « endettée, déstructurée, sans trajectoire ». Assainir les finances, « 16 milliards de centimes de dettes effacées », dit-il avec une fierté non dissimulée, réhabiliter des salles de congrès fermées depuis vingt ans, restructurer les instances : le bilan de deux ans, exposé avec une franchise inhabituelle, laisse peu de place à l’autosatisfaction.
Dans ce contexte de reconstruction interne, la tripartite prend une dimension particulière. Pour Takdjout, elle n’est pas une fin en soi mais un outil. Et la « priorité des priorités » qu’il entend y porter est aussi la plus explosive : l’application des décisions de justice en faveur des travailleurs, dont l’exécution demeure bloquée dans des dizaines de dossiers à travers différents secteurs. « Je suis fatigué, a-t-il lancé. Je n’ai plus la force de supporter des dizaines de dossiers où des travailleurs ont obtenu gain de cause devant les tribunaux et dont les décisions ne sont pas appliquées ».
La forme avant le fond
Mais avant même de débattre des dossiers, il faudra s’entendre sur la nature du cadre. C’est là que réside l’enjeu véritable de cette première réunion. Takdjout est catégorique sur ce point. L’objectif immédiat n’est pas de trancher des questions de fond mais de décider si ce dialogue sera permanent ou circonstanciel. « Un mini-parlement entre employeurs et travailleurs », a-t-il dit, esquissant une ambition qui dépasse le simple rendez-vous ponctuel. Parmi les sujets de fond qui pourraient y être abordés figure également la question du salaire minimum garanti, dont la revalorisation à 24.000 dinars est entrée en vigueur en janvier 2026 sans concertation formelle avec les partenaires sociaux.
L’histoire du mécanisme invite à la prudence. Le Pacte national économique et social signé en 2014 représente sans doute le sommet de ce qu’a produit la tripartite en termes d’engagements formels. Mais l’élan retomba. La charte sur le partenariat public-privé de 2017 connut le même destin. Et après la 20ème édition d’Annaba, plus rien.
Un syndicat qui cherche à se réinventer
Ce retour annoncé de la tripartite s’inscrit dans une réflexion plus large que Takdjout mène à voix haute sur le rôle du syndicalisme algérien. Il pointe la perte du sens du militantisme, une fracture silencieuse avec les travailleurs, des résistances internes au changement et un clientélisme qu’il juge corrosif pour les structures syndicales. « Quand on est millionnaire, on n’est plus syndicaliste. Quand on est milliardaire, encore moins », a-t-il déclaré.
Pour autant, Takdjout ne tire pas de conclusions définitives. Il appelle à l’anticipation plutôt qu’à la réaction, à des accords négociés plutôt qu’à des batailles judiciaires. Autant de conditions qu’une tripartite ressuscitée pourrait contribuer à réunir, si elle parvient à s’institutionnaliser.
Une première rencontre devrait se tenir dans les prochains jours, même si aucune date précise n’a encore été communiquée.
.
















