Dissolution de l’agence de numérisation en santé, entre rationalisation et décentralisation

Dissolution de l’agence de numérisation en santé, entre rationalisation et décentralisation

Un décret exécutif n° 26-100, signé par le Premier ministre Sifi Ghrieb et publié au Journal officiel n° 13 du 15 février 2026, a acté la dissolution de l’Agence nationale de numérisation en santé (ANNS). Moins de quatre ans après sa création, l’agence disparaît au profit d’une décentralisation vers les établissements publics de santé.

Fondée en juin 2022 par décret n° 22-251 pour succéder à l’ancienne Agence nationale de la documentation de la santé, l’ANNS avait pour mission de piloter la digitalisation du système de santé algérien. Basée à Alger et dotée d’une autonomie financière, elle a coordonné, en moins de quatre ans, plusieurs chantiers : gestion informatisée des stocks de médicaments, administration des ressources humaines, surveillance épidémiologique post-Covid en temps réel, formations e-learning pour les personnels médicaux, et lancement, fin 2025, d’une plateforme de transferts inter-hospitaliers.

En effet, le projet phare de l’agence demeurait le Dossier médical électronique (DME), considéré par le minstre Mohamed Seddik Ait Messaoudene, comme « l’axe central de de la modernisation du secteur de la santé ». Articulé autour d’un numéro national unique par patient, le DME vise à fluidifier le parcours de soins et à éliminer les redondances d’examens coûteuses pour le système et pénalisantes pour les patients.

Une dissolution ordonnée, mais des questions ouvertes

Le décret prévoit un transfert intégral des biens, droits, obligations et moyens de l’agence aux hôpitaux publics, après inventaire réalisé par une commission mixte réunissant les ministères de la Santé et des Finances. Le personnel est réaffecté dans les mêmes conditions, ce qui garantit, en théorie, la préservation des compétences techniques constituées depuis 2022.

Les autorités insistent sur la continuité : aucune interruption des projets en cours n’est signalée, et le DME demeure officiellement prioritaire. Le ministère de la Santé, sous la conduite de Mohamed Seddik Ait Messaoudene, avait par ailleurs multiplié les conventions pour accélérer la numérisation, notamment avec le Haut-Commissariat à la numérisation dirigé par Meriem Benmouloud, en vue du déploiement de services cloud sécurisés et du développement de la télémédecine.

Malgré ces garanties, la dissolution d’un organe de pilotage centralisé soulève des interrogations légitimes. Sans coordinateur national dédié, jusque-là non annoncé, comment sera assurée la cohérence des déploiements entre établissements ? La décentralisation favorisera-t-elle une meilleure adaptation locale, ou risque-t-elle d’accentuer les inégalités territoriales, particulièrement dans les régions du Sud déjà sous-dotées ? La gouvernance des données sensibles — au cœur du DME et des infrastructures cloud — appelle également des cadres de protection renforcés, que le ministère n’a pas encore précisés publiquement.

Un pari sur la décentralisation

L’ANNS aurait posé les fondations de la numérisation du secteur de la santé en moins de quatre ans. Sa dissolution transfère désormais la responsabilité opérationnelle aux hôpitaux publics, dans le cadre d’une vague plus large de réorganisations administratives portées par le gouvernement, dont le fil conducteur est la rationalisation des structures publiques. L’idée sous-jacente : intégrer les outils numériques directement aux structures opérationnelles, plutôt que de les piloter depuis une agence intermédiaire.

Cette logique suppose que les établissements de santé disposent des capacités de gestion, des ressources humaines qualifiées et des infrastructures techniques nécessaires pour absorber ce transfert de responsabilités. Le DME, la plateforme de transferts inter-hospitaliers et les outils de télémédecine passent ainsi entre les mains des hôpitaux publics.

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